lundi 4 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326517 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 27 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Maillard, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et la délivrance d'une carte de résident ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour portant autorisation provisoire de travail ou une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État, au profit de son conseil, la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que celle-ci est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;
- en outre, le refus de renouvellement de son titre de séjour le place en situation irrégulière et, de ce fait, dans une situation d'extrême précarité administrative et économique, dès lors que cette décision la prive du droit de bénéficier des prestations sociales auxquelles elle a droit et qu'elle risque de ne plus pouvoir subvenir à ses besoins et aux besoins de ses trois enfants à très brève échéance.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- elle est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle ne représente pas une menace à l'ordre public ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 411-4 10° et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, d'une part, que l'urgence n'est pas caractérisée, d'autre part, que les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 novembre 2023 sous le numéro 2326519 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 28 novembre 2023, en présence de Mme Parewyck, greffière d'audience :
- le rapport de M. Rohmer, juge des référés ;
- les observations de Me Maillard, pour Mme B, présente, qui reprend et développe ses écritures ;
- et les observations de Me Kerkeni, pour le préfet de police, qui reprend et développe ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise, née à Kinshasa le 21 mai 1979, est entrée en France en juin 2002 selon ses déclarations. Le 18 octobre 2022, elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L. 411-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 octobre 2023, le préfet de police a refusé de faire droit à sa demande. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que sa demande portait uniquement sur le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et non sur une demande de carte de résident, Mme B doit être regardée comme demandant au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de Mme B, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B a été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 18 août 2020 au 17 août 2022. Le préfet de police, qui a refusé à Mme B le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle, ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption. Par suite, la requérante, qui soutient par ailleurs que cet arrêté porte une atteinte grave et immédiate à sa situation administrative et économique, sans être contredite, doit être regardée comme justifiant de l'urgence.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
7. Pour refuser de renouveler la carte de séjour pluriannuelle de Mme B, mère de trois enfants français et résidant en France régulièrement depuis 2019, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance qu'elle a fait l'objet en mai 2021 d'une ordonnance pénale, prise par le président du tribunal judiciaire de Meaux, la condamnant à payer une amende de 200 euros pour des faits de vol. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que la présence de Mme B constituait une menace pour l'ordre public est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 octobre 2023 par laquelle le préfet de police lui a refusé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. L'exécution de la présente ordonnance implique que le préfet de police délivre à Mme B le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorisant à travailler, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu toutefois d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Me Maillard en application des dispositions précitées, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de police a refusé à Mme B le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B le récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorisant à travailler, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Maillard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Maillard, avocat de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée Mme A B, à Me Maillard et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 4 décembre 2023.
Le juge des référés,
B. ROHMER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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