lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326628 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | SINGH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2023, M. E B, représenté par Me Singh, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 31 octobre 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié sa sortie du centre d'accueil et d'examen des situations administratives dans lequel il avait été hébergé le 19 octobre 2023 et lui a fixé un délai de deux jours pour quitter le centre ;
3°) d'enjoindre à la Ville de A de procéder à son hébergement dans une structure adaptée à son âge et à son état de santé et de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil, dans le délai de 12 heures à compter de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la région Ile-de-France, préfet de A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui proposer une solution d'hébergement dans le délai de 12 heures à compter de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat, de la Ville de A et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Singh, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui est refusé, à lui verser.
Il soutient que :
- alors même qu'il est un mineur non émancipé, il est recevable à saisir le juge des référés pour solliciter un hébergement d'urgence en tant que mineur isolé ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un recours effectif, à l'exigence de protection de l'intérêt supérieur de l'enfant, au droit au respect de la vie, au principe de la dignité de la personne humaine, au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain ou dégradant et au droit à un hébergement d'urgence ;
- l'opération d'évacuation du parc de Belleville intervenue le 19 octobre 2023 a été irrégulièrement conduite par la Ville de A, l'Etat et l'Office français de l'immigration et elle procède d'un détournement de pouvoir et de procédure ;
- la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 octobre 2023 a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas été précédée d'un examen de sa situation, est entachée d'une erreur de fait et procède d'un détournement de pouvoir et de procédure ;
- sa situation de minorité, dont il justifie par la production de documents d'état-civil, son isolement et son état de santé implique que la Ville de A l'héberge dans une structure adaptée à son âge et prenne en charge ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux ou, à défaut, que le préfet de la région Ile-de-France, préfet de A ou l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui propose un hébergement.
Par une intervention, enregistrée le 22 novembre 2023, la défenseure des droits demande que le juge des référés fasse droit aux conclusions de la requête de M. B.
Elle soutient que :
- l'absence de protection de M. B, qui se déclare mineur non accompagné et présente des actes d'état civil et documents d'identité présumés valides, porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'exigence de protection de l'intérêt supérieur de l'enfant, au droit à l'identité ainsi qu'au droit à un recours effectif et au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain ou dégradant ;
- la condition d'extrême urgence est remplie au regard de l'âge de M. B et de son besoin impératif de protection.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de A, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la carence de l'Etat n'est pas caractérisée dès lors que, d'une part, il bénéficiait d'une prise en charge en centre d'accueil et d'examen des situations administratives, d'autre part, il ne justifie pas de démarches répétées et infructueuses auprès du 115, enfin, il ne présente pas une situation de particulière vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, la Ville de A conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- elle n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence dès lors que le dispositif de mise à l'abri dans un centre d'accueil et d'examen des situations administratives, choisi par l'Etat, est géré par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un recours effectif dès lors que M. B a été en mesure de saisir le juge des enfants et le juge des référés du tribunal administratif de A ;
- M. B n'établit pas que l'appréciation portée sur son âge serait manifestement erronée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens de légalité externe sont sans incidence sur la gravité d'une atteinte qui pourrait être portée à une liberté fondamentale ;
- il n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors que M. B, qui n'a pas sollicité le bénéfice de l'asile, n'est pas éligible à une prise en charge à ce titre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 23 novembre 2023 en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, Mme Dhiver a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Singh, avocate de M. B. Il soutient que, outre ses douleurs au bras et à l'abdomen, il est en cours de diagnostic pour suspicion de tuberculose active ;
- les observations du représentant la Ville de A, dûment habilité ;
- les observations de Me Théobald, substituant Me Falala, avocat de la Ville de A ;
- et les observations de la représentante de la défenseure des droits, dûment habilitée.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée au 25 novembre 2023 à 12 heures en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
M. B a produit des pièces les 24 novembre 2023 qui ont été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui soutient être un mineur isolé, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 31 octobre 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié sa sortie du centre d'accueil et d'examen des situations administratives dans lequel il avait été hébergé le 19 octobre 2023. Il demande également au juge des référés d'enjoindre à la Ville de A de le réintégrer dans une structure adaptée à son âge jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de la région Ile-de-France ou à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui proposer une solution d'hébergement.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de référé :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
En ce qui concerne le cadre juridique :
4. En premier lieu, il résulte des articles 375 et suivants du code civil, d'une part, et des articles L. 221-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, d'autre part, qu'il incombe aux autorités du département, le cas échéant, dans les conditions prévues par la décision du juge des enfants ou par le procureur de la République ayant ordonné en urgence une mesure de placement provisoire, de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l'aide sociale à l'enfance. A cet égard, une obligation particulière pèse sur ces autorités lorsqu'un mineur privé de la protection de sa famille est sans abri et que sa santé, sa sécurité ou sa moralité est en danger. Lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour le mineur intéressé, une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Il résulte également des dispositions mentionnées au point précédent que, lorsqu'il est saisi par un mineur d'une demande d'admission à l'aide sociale à l'enfance, le président du conseil départemental peut seulement, au-delà de la période provisoire de cinq jours prévue par l'article L. 223-2 du code de l'action sociale et des familles, décider de saisir l'autorité judiciaire mais ne peut, en aucun cas, décider d'admettre le mineur à l'aide sociale à l'enfance sans que l'autorité judiciaire l'ait ordonné. L'article 375 du code civil autorise le mineur à solliciter lui-même le juge judiciaire pour que soient prononcées, le cas échéant, les mesures d'assistance éducative que sa situation nécessite. Lorsque le département refuse de saisir l'autorité judiciaire à l'issue de l'évaluation mentionnée au point 3 ci-dessus, au motif que l'intéressé n'aurait pas la qualité de mineur isolé, l'existence d'une voie de recours devant le juge des enfants par laquelle le mineur peut obtenir son admission à l'aide sociale rend irrecevable le recours formé devant le juge administratif contre la décision du département.
6. Il appartient toutefois au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu'il lui apparaît que l'appréciation portée par le département sur l'absence de qualité de mineur isolé de l'intéressé est manifestement erronée et que ce dernier est confronté à un risque immédiat de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité, d'enjoindre au département de poursuivre son accueil provisoire.
7. En deuxième lieu, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". Ce dispositif de veille sociale est, en Ile-de-France, en vertu de l'article L.345-2, mis en place à la demande et sous l'autorité du représentant de l'Etat dans la région sous la forme d'un dispositif unique. L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () " Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
8. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
9. Enfin, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, le droit au respect de la vie, le principe de la dignité de la personne humaine, le droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant, le droit à l'hébergement d'urgence et le droit à un recours effectif constituent des libertés fondamentales au sens des dispositions de cet article.
En ce qui concerne l'application au cas d'espèce :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B, de nationalité guinéenne, déclare être né le 9 août 2008 en Conakry. Il s'est présenté à l'accueil des mineurs non accompagnés de A le 15 septembre 2023 pour bénéficier d'une évaluation de sa minorité. A l'issue de son entretien d'évaluation qui s'est déroulé le 23 septembre 2023, sa minorité n'a pas été admise et la maire de A, par une décision du 25 septembre 2023, a refusé sa prise en charge au titre de la protection de l'enfance. Le 23 octobre suivant, M. B a saisi le juge des enfants du tribunal judiciaire de A afin de lui demander une mesure d'assistance éducative. Il résulte de l'instruction que lors de l'évaluation, M. B, dont le récit et l'apparence physique ne permettaient pas de conclure manifestement à sa minorité, n'a transmis aucun document justifiant de son état-civil. S'il fait valoir qu'il a remis au juge des enfants un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance et un acte de naissance, il est constant qu'aucun document d'état-civil original n'a, pour l'instant, été produit ni devant la Ville de A ni devant le juge des référés du tribunal, qui n'ont ainsi pas été à même d'apprécier si des éléments tirés de l'acte lui-même établissaient son irrégularité. Il s'ensuit que M. B ne saurait se prévaloir de la valeur probante attachée à de tels actes par l'article 47 du code civil. A cet égard, si la circonstance que des documents originaux ont été produits devant le juge des enfants pourrait permettre au requérant, s'il s'y croyait fondé, de demander à ce dernier sa prise en charge à titre provisoire, il ne peut utilement faire valoir les difficultés structurelles de fonctionnement du tribunal judiciaire pour présenter cette demande au juge des référés du tribunal administratif. Dans ces conditions, il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction et compte tenu de l'office particulier du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, que la Ville de A aurait porté une appréciation manifestement erronée sur l'absence de qualité de mineur de M. B et que son refus révèle, à la date de la présente ordonnance, au vu de la situation de l'intéressé, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
11. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B, qui s'était installé au parc de Belleville en compagnie de plus de 400 jeunes gens se disant comme lui mineurs et isolés en France et étant en cours de procédure devant le juge des enfants de A, D, C ou Evry, a bénéficié d'une mise à l'abri en centre d'accueil et d'examen des situations administratives le 19 octobre 2023, avant de se voir notifier, par une décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 octobre 2023, la sortie de ce dispositif dans un délai de 48 heures. Il est constant que depuis lors, M. B vit dans la rue, sans aucune prise en charge. Outre sa vulnérabilité liée à son jeune âge et à son isolement, particulièrement en période de trêve hivernale, M. B fait état de ce qu'il est suivi à l'hôpital Hôtel-Dieu pour des douleurs au bras et à l'abdomen et qu'il doit subir prochainement une échographie abdominale. Ces éléments sont cependant, en l'état de l'instruction, insuffisants pour caractériser une situation de particulière vulnérabilité. M. B a également fait part lors de l'audience publique de ce qu'il fait l'objet d'un diagnostic de tuberculose. Toutefois, il ressort des derniers éléments médicaux produits que les examens sont toujours en cours et qu'il n'est pas établi que l'intéressé souffre effectivement d'une tuberculose pulmonaire active. Eu égard aux éléments dont le juge des référés dispose à la date de la présente ordonnance, M. B ne peut être regardé comme justifiant se trouver dans une situation de détresse médicale, psychique ou sociale particulière. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les autorités de l'Etat auraient fait preuve d'une carence caractérisée dans l'accomplissement de la mise en œuvre qui leur incombe du droit à l'hébergement d'urgence, mentionné aux paragraphes 7 et 8.
12. En troisième lieu, le requérant fait valoir que la reconnaissance d'un droit à l'hébergement pendant l'examen de sa demande présentée au juge des enfants est nécessaire pour garantir l'effectivité du droit au recours, pour répondre à l'exigence de protection de l'intérêt supérieur de l'enfant et pour protéger son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, sans avoir à déposer une demande d'asile, ainsi que le lui ont suggéré les autorités l'ayant pris en charge le 19 octobre 2023 pour assurer sa mise à l'abri temporaire. Toutefois, d'une part, les méconnaissances des libertés fondamentales mentionnées ci-dessus sont formulées de manière générale, sans que l'intéressé n'invoque des circonstances qui lui sont propres, autres que celles liées à sa qualité de jeune isolé. D'autre part, et en toute hypothèse, il n'appartient pas au juge administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de se substituer aux pouvoirs publics pour déterminer une politique publique permettant, en dehors des conditions prévues aux paragraphes 7 et 8 de la présente ordonnance, d'éviter qu'un jeune, dont l'absence de reconnaissance de la minorité par les services de l'aide sociale à l'enfance n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, soit mis à l'abri dans l'attente de la décision du juge des enfants.
13. En dernier lieu, si M. B invoque les conditions dans lesquelles l'évacuation du parc de Belleville du 19 octobre 2023 puis la décision de sortie du centre d'accueil et d'examen des situations administratives du 31 octobre 2023 sont intervenues, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 12 ci-dessus qu'il n'entre dans aucune des hypothèses permettant de le mettre à l'abri. En outre, il est constant que M. B n'a pas sollicité le bénéfice de l'asile et qu'il ne peut, de ce fait, être pris en charge dans le cadre du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile. Ainsi, à supposer même établie la circonstance que l'évacuation du parc de Belleville du 19 octobre 2023 puis la décision de sortie du centre d'accueil et d'examen des situations administratives du 31 octobre 2023 procéderaient d'un détournement de pouvoir ou de procédure, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été de ce fait porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale par la Ville de A, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de A ou l'Office français de l'immigration et de l'intégration. De même, M. B ne peut pas utilement invoquer, à l'appui de la présente requête fondée sur les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'absence de motivation de la décision prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et l'insuffisance de l'évaluation qui l'a précédée, qui sont sans incidence, à les supposer établies, sur la gravité de l'atteinte qui a pu être portée aux libertés fondamentales dont il se prévaut.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la demande formée par M. B sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut qu'être rejetée. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par le conseil de M. B, partie perdante, sur leur fondement et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B, à la Ville de A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Singh.
Copie en sera adressée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de A, à la défenseure des droits et au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à A, le 27 novembre 2023.
La juge des référés,
M. DHIVER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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