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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2326666

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2326666

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2326666
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 2 novembre 2023 par laquelle la Ville de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 12 décembre 2022 lui notifiant une demande de remboursement d'un indu de revenu de solidarité active ;

3°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 2 984,34 euros ;

4°) de condamner la Ville de Paris à payer à son avocat une somme de 2 000 euros au titre des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours est recevable ;

- la notification de l'indu est insuffisamment motivée ;

- elle ne fait pas le détail entre les différentes prestations concernées par l'indu ;

- elle ne mentionne pas le délai imparti pour s'acquitter de la somme due ni le droit d'option ;

- elle ne comporte pas la signature de son auteur ;

- la décision de rejet de son recours préalable est entachée d'incompétence de son auteur ;

- la preuve de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle n'est pas rapportée ;

- elle n'a pas été informée des modalités d'usage du droit de communication ;

- le défaut de saisine de la commission de recours amiable la prive d'une garantie ;

- la CAF a pratiqué des retenues dès la notification de l'indu, en méconnaissance de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle n'a pas pu faire valoir utilement ses observations, dès lors qu'elle n'a pu, ni comparaitre devant le signataire de la décision en litige, ni obtenir les pièces qui fondent la décision de l'administration, en méconnaissance des droits de la défense ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France ;

- elle s'est rendue à l'étranger pour un motif impérieux, puis la crise sanitaire l'a empêchée de rentrer en France ;

- la Ville de Paris a manqué à son devoir d'information quant à la règle des 92 jours ;

- eu égard à sa bonne foi et à sa précarité financière, elle peut prétendre à une remise gracieuse de sa dette.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, la Ville de Paris, représentée par sa maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 27 novembre 2023, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de la sécurité sociale,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambert pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lambert a été lu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, allocataire du revenu de solidarité active, a fait l'objet d'un contrôle de la caisse d'allocation familiales (CAF) de Paris, qui a conclu qu'elle avait séjourné hors de France plus de 92 jours sur la période contrôlée. Faisant suite à ce rapport d'enquête, la CAF de Paris a procédé au réexamen des droits de Mme B, puis lui a notifié, par décision du 12 décembre 2022, une demande de remboursement d'un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité pour un montant total de 4 907,76 euros portant sur la période de juin 2021 à avril 2022. Mme B a formé le recours préalable obligatoire auprès de la Ville de Paris, à laquelle la créance de la CAF a été transférée. Par une décision du 6 juillet 2023, la Ville de Paris a confirmé l'indu de prime d'activité. Mme B a contesté cette décision par une requête distincte. Par une décision du 2 novembre 2023, la Ville de Paris a confirmé l'indu de revenu de solidarité active, à hauteur de la somme de 2 984,34 euros. Mme B demande l'annulation de cette décision du 2 novembre 2023 de rejet de son recours administratif préalable obligatoire, qui s'est substituée à la demande de remboursement de l'indu de revenu de solidarité active du 12 décembre 2022.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il ressort des pièces du dossier que par décision du 27 novembre 2024, postérieure à la date d'introduction de sa requête, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur l'office du juge :

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur les conclusions d'annulation de la décision du 2 novembre 2023 :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

4. En premier lieu, la décision du 2 novembre 2023 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire de Mme B s'étant totalement substituée à la décision de notification de l'indu du 12 décembre 2022, les moyens dirigés contre cette dernière doivent être écartés comme inopérants.

5. En deuxième lieu, l'auteur de la décision en litige bénéficiait d'une délégation de signature de la maire de Paris, conférée par arrêté en date du 13 février 2023, qui a été produit dans l'instance par la défense. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, la carte d'identité professionnelle de l'agent de contrôle de la CAF, produite en défense, atteste de son agrément en date du 12 avril 2006 et de son assermentation en date du 14 décembre 2005. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de contrôle faute de justification de l'assermentation de l'agent de contrôle, qui manque en fait, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ".

8. D'une part, il ressort du rapport d'enquête de la CAF de Paris du 7 décembre 2022 que Mme B a bien été informée oralement, lors de l'entretien, de la faculté, pour la CAF, de mettre en œuvre le droit de communication prévu par les dispositions précitées. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas fondé sa décision sur les documents obtenus dans le cadre de l'usage du droit de communication, mais sur les documents fournis par l'allocataire elle-même lors du contrôle, et en particulier ses passeports. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des règles relative à l'exercice du droit de communication doit être écarté comme inopérant.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / L'avis de la commission et la décision du président du conseil départemental sont motivés. ".

10. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la commission de recours amiable a été saisie le 19 décembre 2022 par la CAF de Paris de la situation de Mme B. Le moyen tiré du défaut de saisine de cette commission, qui manque en fait, doit ainsi être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes du 2ème alinéa de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. ".

12. Si Mme B soutient que des retenues ont été effectuées sur ses prestations " dès la notification de l'indu, avant même la fin des voies et délais de recours ", cette circonstance, à la supposer avérée, est sans incidence sur le bien-fondé de cet indu.

13. En septième lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que Mme B a été informée oralement, lors de l'entretien de contrôle, de son droit d'apporter toute(s) précision(s), modification(s) ou rectification(s) ou de contester le rapport, ainsi que des suites du contrôle. D'autre part, alors qu'aucune disposition légale ou règlementaire n'impose la communication du rapport d'enquête, ni l'audition de l'allocataire dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire, les écritures prises par Mme B dans le cadre de ce recours exercé le 14 décembre 2022 démontrent qu'elle a eu connaissance des motifs de la décision lui notifiant l'indu de revenu de solidarité active, qui se fonde sur le rapport d'enquête, et en particulier, de sa période de séjour hors de France. Par suite, le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

14. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-17 du même code : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active définis à la section 3 du présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent, résider en France de manière stable et effective et déclarer spontanément à la CAF tout changement de situation.

15. Pour apprécier si la condition de résidence stable et effective en France est remplie par l'allocataire, il y a lieu tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois (soit 92 jours maximum), au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

16. En l'espèce, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'enquête de la CAF du 7 décembre 2022 qui s'est fondée sur les mentions portées sur les passeports de Mme B, que celle-ci a séjourné au Maroc du 20 juin 2021 au 11 mars 2022, soit durant une période de 264 jours consécutifs. Mme B, qui se borne à soutenir, sans même d'ailleurs l'établir, qu'elle s'est rendue au Maroc pour assister son grand-père qui était en fin de vie et que la crise sanitaire l'a contrainte à prolonger son séjour, ne conteste pas les conclusions du contrôle, ainsi qu'en atteste sa signature apposée sur le formulaire intitulé " contradictoire ".

17. Il est par ailleurs constant que les périodes d'absences prolongées de France de Mme B à partir du mois de juin 2021 n'ont fait l'objet d'aucune déclaration auprès de la CAF de Paris, alors que tout séjour à l'étranger supérieur à trois mois doit être signalé. Si Mme B soutient qu'elle n'avait pas connaissance de la " règle des 92 jours ", elle n'établit cependant pas que l'obligation de déclaration de tout changement de situation, y compris relative à la résidence, ne lui a pas été fournie a minima lors du dépôt de sa demande, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles. Les moyens tirés de l'erreur de droit en violation des dispositions citées au point 14 du présent jugement et de l'erreur d'appréciation doivent ainsi être écartés.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à remettre en cause l'indu de revenu de solidarité active.

Sur la demande de remise gracieuse :

19. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'État, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".

20. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

21. En l'espèce, ainsi qu'il a été indiqué au point 17 du présent jugement, Mme B n'a déclaré aucun de ses séjours hors de France, alors qu'elle ne pouvait méconnaître la règle de déclaration obligatoire à la CAF de tout changement de situation. Compte tenu de la durée du manquement, la bonne foi de Mme B n'est pas établie.

22. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, par courrier du 27 novembre 2023, la requérante a sollicité sa radiation de la CAF en précisant qu'elle ne souhaitait plus percevoir de prestations sociales. Elle a par ailleurs déclaré une activité professionnelle sous le régime du micro-entrepreneuriat depuis le 1er septembre 2023. Mme B ne justifie donc pas de la précarité de sa situation financière. Sa demande de remise gracieuse ne peut qu'être rejetée.

Sur les autres conclusions :

23. D'une part, eu égard aux motifs du présent jugement, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

24. D'autre part, la Ville de Paris n'étant pas la partie perdante, les conclusions de la requête dirigées à son encontre au titre des frais non compris dans les dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Desfarges et à la Ville de Paris.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée

F. Lambert

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2326666/6-

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