mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326687 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET KATO & LEFEBVRE (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023, M. E F, représenté par Me Britz, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 133 963 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices à raison des conséquences de sa chute survenue le 18 janvier 2018 à l'hôpital Bichat ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'AP-HP aux dépens.
Il soutient que :
- l'obligation de l'AP-HP est non sérieusement contestable dans son principe dès lors qu'il résulte du rapport d'expertise que sa chute est due à un défaut de surveillance aux services des urgences de l'hôpital Bichat ainsi que celle-ci l'a reconnue le 11 juillet 2023 ;
- le montant de la provision de 133 963 euros sollicité n'est pas sérieusement contestable dès lors qu'il correspond à la proposition d'indemnisation que lui a faite l'AP-HP, et qu'au vu du rapport d'expert, il a droit, en réparation des préjudices subis, à une somme de 157,48 euros au titre des dépenses de santé actuelles, de 60 551,21 euros au titre des frais divers, de 129,57 euros au titre des dépenses de santé futures, de 1 387 euros au titre des frais de logement adapté, de 108 273,60 euros au titre de l'assistance par tierce personne, de 36 382,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 35 000 euros au titre des souffrances endurées, de 15 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 42 350 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément, de 10 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, et de 5 000 euros au titre du préjudice sexuel, alors que ses proches ont droit à une indemnité totale de 150'508,80 euros au titre des préjudices qu'ils ont subis.
Par deux mémoires, enregistrés le 5 décembre 2023 et le 20 juin 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par la SELARL Kato et Lefebvre associés, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 400 000 euros à titre de provision au titre des prestations versées à M. F ;
2°) à la mise à la charge de l'AP-HP de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa créance n'est pas sérieusement contestable dès lors que l'AP-HP a d'ores et déjà reconnu sa responsabilité à l'égard de M. F et que celle-ci ne l'a pas remise en cause dans la procédure au fond ;
- elle a pris en charge l'accident subi par le requérant en exposant d'ores et déjà 281 917,43 euros au titre des dépenses de santé ;
- elle réserve les intérêts et l'indemnité forfaitaire de gestion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, l'AP-HP conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les sommes demandées à titre de provision soient ramenées à de plus juste proportion et à la fixation du point de départ des intérêts à la date du jugement.
Elle soutient que :
- la requête doit être rejetée dès lors que M. F a présenté une requête au fond ayant le même objet ;
- elle ne conteste pas sa responsabilité dans le défaut de surveillance ayant entraîné la fracture et les interventions chirurgicales qui ont suivi ;
- la demande présentée au titre des frais d'assistance par une tierce personne peut être évaluée à la somme de 47 630,40 euros et au calcul d'une rente annuelle de 13 184 euros ;
- le déficit fonctionnel temporaire de M. F peut être évalué à la somme totale de 23 835 euros et les souffrances qu'il a endurées à la somme de 11 700 euros ;
- la somme au titre du préjudice esthétique temporaire peut être évaluée à hauteur de 2 000 euros et celle au titre du préjudice esthétique définitif à 5 000 euros ;
- le déficit fonctionnel permanent du requérant peut être évalué à la somme de 38 500 euros ;
- la demande présentée au titre du préjudice d'agrément de M. F est manifestement surestimée en l'absence de justificatifs démontrant ses activités de golf ;
- la demande présentée au titre du préjudice sexuel peut être évaluée à 500 euros ;
- la somme demandée au titre des dépenses de santé n'est pas fondée en l'absence de justificatifs ;
- elle ne s'oppose pas à la somme demandée au titre des dépenses de santé futures, au titre des frais de logement adapté et au titre des frais de procédure, elle ne s'oppose pas à la somme allouée sur l'aménagement du domicile à hauteur de 106,30 euros et sur les frais liés à l'hospitalisation à hauteur de 119,10 euros ;
- elle ne s'oppose pas à la demande de créance de la CPAM de Paris.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2024.
Le président du tribunal a désigné M. Delesalle pour statuer sur les demandes de référé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, né le 13 novembre 1937 et alors âgé de quatre-vingts ans, a été victime d'un accident vasculaire cérébral le 18 janvier 2018 à son domicile dans la nuit, et a été emmené par son épouse le jour même en fin de journée aux urgences de l'hôpital Bichat de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Alors qu'il attendait sur un brancard, il est tombé de celui-ci et une radiographie a révélé une fracture du col du fémur. Il a alors subi une opération chirurgicale de pose de prothèse intermédiaire de hanche le 24 janvier 2018, à la suite de laquelle il a présenté une inflammation locale. Un bilan biologique a fait ressortir une infection et une échographie a révélé une collection sous-cutanée. Le 24 février 2018, en raison du sepsis diagnostiqué, M. F a subi une opération aux fins de lavage de la prothèse intermédiaire de hanche gauche. Les prélèvements réalisés lors de l'opération ont fait ressortir une infection à germes multiples. M. F a alors présenté une dépression réactionnelle sévère, une escarre talonnière et une dénutrition. Autorisé à être hospitalisé à domicile à compter du 6 mars 2018, le requérant a néanmoins été réhospitalisé très rapidement à l'hôpital Bichat, le 12 mars 2018, du fait de la persistance de l'infection. Saisi par M. F, le juge des référés du tribunal, par une ordonnance n° 1910875 du 25 octobre 2019, a ordonné une expertise et a désigné comme expert le Dr B, chirurgien orthopédique, décédé en cours de procédure et remplacé par le Dr A, auxquels ont été adjoints par une ordonnance du 22 janvier 2022, le Dr C, infectiologue, et le Dr D, cardiologue, en qualité de sapiteurs, alors que par une autre ordonnance, en date du 8 juillet 2022, les opérations d'expertise ont par ailleurs été étendues à l'hôpital de la Croix Saint-Simon. Leur rapport a été enregistré le 24 septembre 2022. M. F, ainsi que certain de ses proches, ont adressé le 20 mars 2023 une demande préalable indemnitaire à l'AP-HP, laquelle, par un courrier du 11 juillet 2023, a reconnu sa responsabilité à hauteur de 90 % et, par un courrier du 24 octobre 2023, a finalement proposé à M. F de lui verser la somme de 133 963 euros dans le cadre d'un protocole transactionnel. Par la présente requête, M. F, qui a par ailleurs déposé un recours indemnitaire au fond, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 133 963 euros à titre de provision, à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices, à raison de sa chute survenue le 18 janvier 2018 à l'hôpital Bichat.
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
Sur la demande de M. F :
En ce qui concerne le principe de la provision :
3. Aux termes du premier paragraphe de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 24 septembre 2022 que la prise en charge initiale de M. F à son arrivée aux urgences de l'hôpital Bichat pour suspicion d'accident vasculaire cérébral n'a pas été conforme aux règles de l'art du fait d'un défaut de surveillance de l'intéressé, qui a été laissé sur un brancard sans mesure de précaution pour prévenir la survenue d'une chute. Cette dernière a entraîné une fracture du col du fémur gauche le 18 janvier 2018 nécessitant une intervention chirurgicale. M. F a été opéré le 24 janvier 2018, prise en charge qui, selon le rapport d'expertise, n'a pas été conforme en l'absence de préparation cutanée tracée ainsi qu'une traçabilité de l'antibioprophylaxie. Par la suite, M. F a présenté une infection associée aux soins, prise en charge de l'infection qui n'a pas été conforme aux règles de l'art en ce qu'il n'a pas été procédé au changement des implants mobiles de la prothèse. Suite à cette infection, l'équipe médicale a procédé à la remise en place de la prothèse de la hanche en " décubitus latéral droit ", ce qui a entraîné une ischémie du nerf sciatique. Selon les experts, la technique opératoire n'était pas adaptée et a entraîné une perte de chance de 75 % d'éviter la survenue de cette complication vasculaire. La gestion de cet accident médical n'a pas non plus été conforme du fait d'un retard dans la prise en charge de la revascularisation du membre inférieur gauche. Les experts ont conclu à la responsabilité de l'AP-HP dans la survenue de la fracture du col du fémur, accident médical qui a entraîné de nombreuses interventions chirurgicales et complications. Par conséquent, l'obligation dont se prévaut M. F à l'égard de l'AP-HP présente un caractère non sérieusement contestable dans son principe, ce qu'a au demeurant reconnu l'AP-HP. Dès lors, le requérant est fondé à demander une provision au titre de la réparation des préjudices qu'il a subis à ce titre.
En ce qui concerne le montant de la provision :
Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. F est consolidé à la date du 20 juillet 2022.
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux dépenses de santé actuelles et futures :
5. Si M. F sollicite une provision à hauteur de 287,05 euros au titre des dépenses de santé actuelles et futures, il n'apporte aucun justificatif à l'appui de sa demande. Par suite, en l'état de l'instruction, la créance demandée ne présente pas un caractère non sérieusement contestable.
Quant aux frais d'assistance à tierce personne :
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. F a dû bénéficier de l'assistance par une tierce personne pendant les périodes de déficits fonctionnels de 75 %, de 60 %, de 50 % et de 40 % telles qu'évaluées par les experts. Il y a lieu de retenir un taux horaire de 19 euros à hauteur de trois heures par jour pour la période du 6 au 11 mars 2018, de deux heures trente par jour pour la période du 13 décembre 2018 au 27 janvier 2021 et de deux heures par jour pour les 19 et 20 juillet 2022 et pour la période du 2 octobre 2021 au 21 mai 2022. Par suite, l'obligation de l'AP-HP à ce titre présente un caractère non sérieusement contestable et il y a lieu d'accorder à M. F une provision d'un montant qu'il y a lieu d'évaluer à la somme de 46 141,5 euros.
7. S'agissant de la période postérieure à la date de consolidation de M. F, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que l'état de M. F justifie l'assistance par une tierce personne à hauteur de deux heures par jour. En tenant compte d'un taux horaire moyen de 23 euros, sur une période de 412 jours tenant compte des congés payés et des jours fériés, il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à M. F une provision correspondant au versement d'une rente annuelle d'un montant de 18 952 euros au titre de cette obligation non sérieusement contestable.
Quant au frais divers :
8. M. F sollicite une provision à hauteur de 60 551,21 euros au titre des frais divers exposés avant la date de consolidation, notamment des trajets en transports en commun et en taxi par son épouse pour lui rendre visite. Toutefois, il ne produit aucun justificatif de nature à établir la réalité de ce préjudice et la créance dont il se prévaut à ce titre ne présente pas un caractère non sérieusement contestable.
Quant au frais de logement adapté :
9. M. F soutient qu'il a procédé à l'aménagement de son logement par l'installation d'une téléalarme, d'un aménagement de toilettes surélevées, de barres d'appui et de l'installation d'une douche à l'italienne pour un montant de 1 387 euros. Toutefois, il ne produit aucun justificatif permettant d'établir la réalité du préjudice. Dans ces conditions, l'état de l'instruction ne permet pas d'établir le caractère non sérieusement contestable de la créance et du montant dont il se prévaut à cet égard.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
10. Il résulte de l'instruction que M. F a subi, avant la consolidation de son état de santé, plusieurs périodes de déficit fonctionnel temporaire total du 18 janvier au 6 mars 2018, du 12 mars au 12 décembre 2018, du 28 janvier au 1er octobre 2021 et du 22 mai au 18 juillet 2022, soit une durée cumulée de 629 jours. Il a par ailleurs subi des périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel d'une durée de 5 jours du 7 au 11 mars 2018 avec un taux évalué à 75 %, d'une durée de 777 jours du 13 décembre 2018 au 27 janvier 2021 avec un taux évalué à 60 %, d'une durée de 2 jours les 19 et 20 juillet 2022 avec un taux évalué à 50 % et d'une durée de 232 jours du 2 octobre 2021 au 21 mai 2022 avec un taux évalué de 40 %. Il y a donc lieu d'accorder à M. F, sur la base d'un taux quotidien de 20 euros, une provision d'un montant de 23 855 euros pour la part non sérieusement contestable de sa créance au titre de son déficit fonctionnel temporaire.
Quant aux souffrances endurées :
11. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. F, tant physiques que morales ont été évaluées à 5 sur une échelle de 1 à 7 par les experts dont 90 % imputables à la faute commise par l'AP-HP. Dans ces conditions, il y a lieu d'accorder à M. F une provision à hauteur de 13 000 euros au titre de la part non sérieusement contestable de sa créance à ce titre.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
12. Il résulte de l'instruction que M. F, dont la consolidation de l'état a été fixée au 20 juillet 2022 par les experts, a subi un déficit fonctionnel permanent imputable aux fautes commises évalué à 35 %. Eu égard à l'âge de l'intéressé à la date de consolidation du dommage, âgé de quatre-vingt-quatre ans, il y a lieu de lui accorder, pour la part non sérieusement contestable de sa créance au titre de ce préjudice, une provision à hauteur de 40 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
13. Il résulte du rapport d'expertise que M. F ne peut plus pratiquer le golf, activité sportive qu'il soutient exercer comme activité de loisir. Toutefois, l'intéressé n'apporte aucun justificatif relatif à cette activité. Dans ces conditions, la créance dont se prévaut M. F à ce titre ne présente pas un caractère non sérieusement contestable.
Quant au préjudice esthétique :
14. Il résulte de l'instruction que les experts ont évalué le préjudice esthétique temporaire et le préjudice esthétique permanent à 3 sur une échelle de 7. Il y a donc lieu d'accorder à M. F une provision à hauteur de 7 200 euros au titre de la part non sérieusement non contestable de sa créance à raison de ce préjudice.
Quant au préjudice sexuel :
15. Il résulte du rapport d'expertise que M. F a subi un préjudice sexuel au titre duquel il y a lieu de lui accorder une provision d'une somme de 1 000 euros.
16. Il résulte de tout ce qui précède que le montant de la provision au titre de l'obligation non sérieusement non contestable dont se prévaut M. F à l'encontre de l'AP-HP peut être fixée à la somme totale de 150 148,50 euros. Toutefois, M. F ne sollicitant une provision qu'à hauteur d'un montant de 133 963 euros, il n'y a lieu de condamner l'AP-HP qu'à verser ce seul montant.
Sur la demande de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris :
17. Il résulte de l'attestation de créance définitive du 20 juin 2024 et de l'attestation d'imputabilité établie le 19 juin 2024 par l'un de ses médecins-conseils, et il n'est pas contesté par l'AP-HP, que la CPAM de Paris a exposé la somme de 422 069,93 euros au titre de la prise en charge des dépenses de santé de M. F liées à la faute commise. Par suite, l'obligation dont se prévaut la CPAM de Paris à l'égard de l'AP-HP présente un caractère non sérieusement contestable et il y a lieu de lui accorder une provision d'un montant de 400 000 euros ainsi qu'elle le demande.
Sur les dépens :
18. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'ordonnance est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. / Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance. / Dans les cas mentionnés au premier alinéa, il peut être fait application des dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-12-1 ".
19. L'ordonnance par laquelle le président du tribunal administratif liquide et taxe les frais et honoraires d'expertise, qui revêt un caractère administratif, peut faire l'objet, en vertu des dispositions précitées des articles R. 621-13 et R. 761-5 du code de justice administrative, d'un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération. En vertu du deuxième alinéa de ce même article R. 621-13, ce n'est que lorsque les frais d'expertise sont compris dans les dépens d'une instance principale que la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que ces frais seront mis définitivement à la charge d'une partie autre que celle qui est désignée par l'ordonnance de taxation ou le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance. Dès lors que la partie désignée par l'ordonnance de taxation comme devant supporter les frais d'expertise dispose d'une voie de droit spéciale pour contester cette désignation et que le juge du référé provision n'est pas saisi de l'instance principale, cette partie n'est pas recevable à demander à ce juge l'octroi d'une provision au titre de ces frais.
20. Par une ordonnance n° 1910875 du 6 octobre 2022 du président du tribunal, les frais et honoraires d'expertise ont été liquidés et taxés à hauteur de 4 620 euros toutes taxes comprises (TTC) en ce qui concerne le Dr A, et à hauteur de 1 500 euros TTC chacun en ce qui concerne le Dr C et le Dr D, et mis à la charge de M. F. Il résulte de ce qui a été dit au point 19 que M. F, qui a formé une instance principale sous la forme d'une requête indemnitaire enregistrée au greffe sous le n° 2311060, n'est pas recevable à demander l'octroi d'une provision au titre des frais d'expertise mis à sa charge.
Sur les frais liés au litige :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 000 euros à verser à M. F au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, en revanche, de mettre à sa charge une somme à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. F une somme de 133 963 euros à titre de provision.
Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris une somme de 400 000 euros à titre de provision.
Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera la somme de 1 000 euros à M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E F, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Fait à Paris, le 9 juillet 2024.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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