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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327060

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327060

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327060
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires enregistrés respectivement les 24 novembre 2023, 5 février 2024, 6 février 2024 et 15 février 2024, Mme J A D, représentée par Me Siran, demande au tribunal :

1°) de déclarer la requête recevable ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de 8 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1800 euros hors taxes à Me Siran, son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil, renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat ou à son seul bénéfice si elle n'était pas admise à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le rapport médical n'étant pas produit, les sources d'informations sur lesquelles il s'est fondé ne sont pas connues, qu'il n'est pas établi que le préfet de police s'est prononcé au vu d'un avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), qu'il a été pris au terme d'une délibération collégiale, au terme d'une procédure conforme aux articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur le motif qu'elle s'était déjà vu adresser une première obligation de quitter le territoire français alors même que le préfet n'en apporte pas la preuve ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

23 février 2024.

Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager ;

- et les observations de Me Siran, conseil de Mme A D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante marocaine, née le 2 avril 1997, entrée en France le

5 janvier 2020 sous couvert d'un visa court séjour, a sollicité, le 6 avril 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité d'accompagnant d'un enfant malade. Par un arrêté du

24 octobre 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois. Mme A D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme A D ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle le 5 décembre 2023, les conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur le moyen commun aux décisions composant l'arrêté en litige :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01464 du 29 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de E le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A H, attaché principal d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de Mme G I, cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 425-10, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droit de l'Homme et des libertés fondamentales, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A D. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de Mme A D, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A D avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de cet article L. 425-9 : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. (). / (). ".

7. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-12 de ce code indique que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () / Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 26 juin 2023 au vu duquel le préfet de police s'est prononcé, comporte le nom des trois médecins ayant siégé au sein de ce collège avec leur signature. Le médecin instructeur, dont le rapport a été transmis au collège le 19 janvier 2024 ainsi que l'indique le bordereau de transmission également produit, ne figurait pas parmi ses signataires. La seule circonstance, à la supposer même établie, que l'avis n'ait pas donné lieu à une délibération collégiale, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis dès lors que cet avis commun, rendu par trois médecins, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Par ailleurs, l'avis mentionne que l'état de santé de l'enfant mineur, C F, fils de Mme A D, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge n'est pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'enfant de Mme A D, est atteint d'un autisme infantile et d'une rétinopathie bilatérale responsable d'une malvoyance sévère. Le collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans avis du 26 juin 2023 dont le préfet de police s'est approprié les termes, que si l'état de santé de cet enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquence d'une exceptionnelle gravité, ce dernier peut, eu égard aux caractéristiques du système de santé au Maroc et de l'offre de soins proposée, bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour remettre en cause cet avis, l'intéressée produit une ordonnance en date du

13 novembre 2023, établie par le Dr. Elhadaoui, attachée au ministère de la santé et de la protection sociale du royaume du Maroc et un certificat du Dr. Otmani Amaoui, déléguée Préfectorale de la Santé et de la Protection sociale, qui évoquent la circonstance que la préfecture de Skhirat Temara ne dispose pas de structures adaptées à la prise en charge multidisciplinaire de l'enfant de

Mme A D et que la nécessité d'un suivi de ce dernier, en France, s'impose. A l'appui dudit dossier sont également produit par la requérante, un bilan scolaire du 10 janvier 2024 de l'hôpital de jour Salneuve d'Aubervilliers, qui relate les évolutions observées dans le parcours de suivi de l'enfant C, un jugement du tribunal pour enfants de E du 10 août 2023 qui examine les conditions de vie dans lesquelles les deux enfants de l'intéressée évoluent et que des mesures d'actions éducatives ont été mises en place. Toutefois, ces documents qui sont rédigés en termes généraux et abstraits, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration puis par le préfet sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité d'un défaut de soins. La circonstance invoquée qu'un précédent avis des médecins de l'OFII, en date du 22 avril 2021, retenait, qu'eu égard à l'état de santé de l'enfant, le défaut de prise en charge médicale était susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, dès lors qu'il n'est pas démontré que la situation et l'état de santé de l'enfant, prévalant en 2021, seraient en tous points identiques à la situation qui a fait l'objet de l'examen des médecins de l'OFII en 2023. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de police a refusé de délivrer à Mme A D un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, il résulte des termes des décisions en litige que l'intéressée n'a pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, elle ne peut utilement invoquer la méconnaissance desdites dispositions au soutien de ses conclusions. Le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Mme A D se prévaut de ce qu'elle est présente en France depuis le 5 janvier 2020, qu'elle est mère de deux enfants mineurs résidant en France, de son intégration, du suivi médical de l'un de ses enfants. Il ressort cependant des pièces du dossier que la requérante n'établit l'existence d'aucun lien particulier qu'elle aurait noué en France, le père de sa fille, née en France en 2023, ne partageant pas la vie commune avec elle. Rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de l'intéressée se reconstitue au Maroc où la requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales. Il suit de là que le préfet de police, qui n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences pour la requérante de la décision de refus qui lui est opposé, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, le refus de délivrance du titre de séjour opposé à Mme A D n'est pas de nature à porter une atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision de refus de délivrance de titre de séjour opposée à la requérante par l'arrêté en litige doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision portant de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". En application de ces dispositions, l'obligation de quitter le territoire français, qui vise le 3° de l'article L. 611-1, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en fait de celle de la décision portant refus d'un titre de séjour dès lors que celle-ci est suffisamment motivée ainsi qu'il a été précisé au point 3.

16. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A D, qui s'est soustraite antérieurement à une première obligation de quitter le territoire du 17 juin 2021, avant de l'obliger à quitter le territoire français, la circonstance que les décisions attaquées ne mentionnent pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

17. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 12, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de Mme A D au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou comme entachée d'une une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de cette dernière.

18. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme A D.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes des stipulations de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

21. Si la requérante, allègue que sa sécurité est menacée en cas de retour dans son pays d'origine en raison des craintes qu'elle évoque concernant des faits de violences graves de la part des membres de la famille de son défunt époux, père de son premier enfant, dont elle a fait l'objet au Maroc avant son départ en 2020, elle n'apporte cependant aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels elle serait personnellement exposée. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'est pas fondé et doit être écarté.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois :

22. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En vertu des dispositions de l'article L. 612-10 du même code, pour l'édiction et la fixation de la durée de l'interdiction mentionnée à l'article L. 612-8, l'autorité administrative doit tenir compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

23. En premier lieu, la décision qui mentionne les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de manière suffisant des éléments de la situation de l'intéressée en rappelant en particulier que cette dernière s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement notifiée le 17 juin 2021, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.

24. En deuxième lieu, compte tenu de la durée de présence en France de Mme A D, de son absence de liens familiaux sur le territoire français, de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement qui lui a été notifiée le 17 juin 2021, et quand bien même son fils bénéficie d'un suivi médical sur le territoire et que des mesures d'actions éducatives ont été mise en place pour ses enfants, le préfet de police n'a pas fait une inexacte appréciation des dispositions des articles L. 612-10 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

25. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de Mme A D au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou, en tout état de cause, serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à admettre Mme A D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme J A D, au préfet de police et à

Me Siran.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

D. Hémery La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

08/04/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.

08/04/2026

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