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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327064

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327064

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327064
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantMAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Maoui, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence doit en principe être constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;

- il ne peut pas travailler, alors qu'il avait trouvé un emploi à compter du 1er octobre 2023 ;

- il ne peut plus subvenir à ses besoins ;

- il ne peut plus soutenir financièrement son ex-épouse et sa fille ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision litigieuse méconnaît la règle de droit, dès lors qu'il résulte de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'aucune restriction tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public n'est prévue pour le renouvellement d'une carte de résident, lequel est de plein droit ;

- la décision litigieuse est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, sa présence sur le territoire français ne constituant pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2327066 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 12 décembre 2023, en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport et entendu les observations de Me Maoui, représentant M. A, lequel a repris à la barre les moyens invoqués dans la requête et a soulevé un nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, le préfet de police ayant irrégulièrement consulté le fichier de traitement des antécédents judiciaires.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 17 mars 1971 entré en France le 28 septembre 2000, a sollicité le renouvellement de la carte de résident dont il était titulaire et qui a expiré le 9 août 2021. Par une décision du 12 octobre 2023, le préfet de police a rejeté cette demande de renouvellement de titre de séjour au motif que la présence en France de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public. Le requérant demande à la juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision du 12 octobre 2023 et d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence à suspendre une décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour doit, en principe, être reconnue.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que par la décision litigieuse, le préfet de police a refusé de renouveler la carte de résident dont M. A, qui réside en France depuis l'année 2000, était titulaire. Ainsi, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :

5. Aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. ".

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'aucune restriction n'est prévue au renouvellement d'une carte de résident tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de renouvellement de la carte de résident opposé au requérant par la décision litigieuse au motif que sa présence constitue une menace à l'ordre public méconnaît les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions, rappelées au point 2, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision litigieuse du 12 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La suspension prononcée implique que le préfet de police réexamine la demande de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivre une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 12 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement de la carte de résident de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond présentée par l'intéressé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de renouvellement de la carte de résident de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 18 décembre 2023.

La juge des référés,

S. Marzoug

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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