mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2327185 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023, M. D A, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant le réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Hug, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ayant rendu l'avis médical au vu duquel la décision a été prise n'avaient pas été désignés, ni que la signature électronique dont est revêtu l'avis du collège des médecins respecte les prescriptions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, ni que les trois médecins du collège de l'OFII ont délibéré de manière collégiale, sans recourir aux échanges écrits,
- méconnait les articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- est illégale dès lors que le préfet de police s'est senti lié par l'avis médical rendu,
- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- est entachée d'un vice d'incompétence,
- par voie d'exception, est illégale dès lors qu'elle est fondée sur décision de refus du titre de séjour sollicité, elle-même illégale,
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
La décision fixant le pays de destination est illégale, par voie d'exception, dès lors qu'elle est fondée sur les décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, elles-mêmes illégales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au
14 février 2024 à 12 :00.
Par une décision du 23 octobre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vidal, présidente-rapporteure,
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant béninois, né le 13 juillet 1988, arrivé en France en 2019 selon ses déclarations, a sollicité le 16 mai 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 septembre 2023, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, il demande l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles
R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
3. D'une part, le préfet de police a produit l'avis du collège de médecins de l'OFII, où figurent les noms des trois médecins ayant siégé au sein de ce collège le 11 septembre 2023, avec leur signature. Ces signatures, apposées sous forme de fac-similé et dont rien ne permet de remettre en doute l'authenticité, ne constituent pas des signatures électroniques au sens de l'article
L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, ces médecins, parmi lesquels ne figurait pas le médecin instructeur, ont été désignés par une décision du 3 octobre 2022 du directeur général de l'OFII régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII. Enfin, les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative et la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.
4. D'autre part, pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de police a estimé, en suivant l'avis du collège de médecins de l'OFII, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne serait pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 précité, M. A se borne à faire valoir qu'il souffre d'une pathologie dont l'absence de prise en charge médicale entrainera des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il n'est pas possible de soigner au Bénin au regard du système de soin dégradé, de l'inaccessibilité des médicaments et traitements et de la situation politique particulière, sans donner aucune précision utile, ni verser aucune pièce de nature à démontrer l'existence de la pathologie dont il souffre. Par suite, en l'absence de précision et de pièce suffisante, le moyen tiré de la violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police, qui a pris la décision litigieuse sur des motifs éclairés par l'avis médical rendu par le collège de médecins de l'OFII, se soit cru lié par cet avis. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Si M. A soutient que la décision litigieuse méconnaît les stipulations précitées, il n'établit ni l'existence ni l'intensité de sa vie privée et familiale en France alors qu'il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 31 ans et où résident ses deux enfants, comme l'établit d'ailleurs la fiche de salle versée en défense, et qu'il ne justifie d'aucune insertion professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, qu'en tout état de cause, être écarté.
8. En quatrième lieu, le titre de séjour de M. A ayant été sollicité sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du même code.
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
9. En cinquième lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police de Paris a donné à Mme C B, attachée d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers, dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision obligeant M. A à quitter le territoire français doit être écarté.
10. En sixième lieu, la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de celle-ci pour demander l'annulation la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
11. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux visés au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En huitième lieu, les décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et celle l'obligeant à quitter le territoire français n'étant pas illégales, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de celles-ci pour demander l'annulation la décision fixant le pays de destination. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Hug et au préfet de police.
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Délibéré après l'audience du 6 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
La présidente-rapporteure,
S. VIDAL
L'assesseure la plus ancienne,
C. GROSSHOLZ
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026