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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327225

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327225

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327225
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023, Mme A D, représentée par Me Charles, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à son bénéfice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- il est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien et il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité n'est pas établi, le préfet a ainsi méconnu le principe de la présomption d'innocence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

6 février 2024.

Un mémoire présenté pour Mme D a été enregistré le 5 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager ;

- et les observations de Me Charles, avocat de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne, née le 15 avril 1991, entrée en France le 1er janvier 2019, selon ses déclarations, a sollicité, le 30 novembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien, en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 23 octobre 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ".

3. Pour refuser de délivrer à Mme D un certificat de résidence en qualité de parent d'enfant français, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que la reconnaissance de paternité de l'enfant Ryan B présentait un caractère frauduleux, ainsi qu'il résulte du jugement rendu par le tribunal correctionnel de Paris le 20 avril 2023, condamnant M. C B, de nationalité française, qui a reconnu l'enfant Rayan B, né le 10 juin 2022, à une peine de douze mois d'emprisonnement pour avoir, en se livrant à des reconnaissances frauduleuses d'enfants, facilité l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d'un étranger en France. Il ressort, d'une part, des pièces du dossier que si dans le jugement du tribunal correctionnel précité, le nom de Mme D est mentionné comme mère d'un enfant frauduleusement reconnu, aucun élément ne figure, cependant, la concernant dans ledit jugement s'agissant d'une fraude de son chef. Il ne résulte pas, d'autre part, des termes de la décision en litige que le préfet de police aurait procédé à l'examen de la situation de Mme D dans son ensemble, alors qu'il n'est pas établi, comme indiqué ci-dessus, que l'intéressée aurait eu des agissements frauduleux. Dans ces conditions, Mme D est fondée à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision de refus d'une erreur de droit. Il suit de là que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de Mme D soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 23 octobre 2023 est annulé.

Article 2. : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme D, dans le délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

D. Hémery La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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