samedi 2 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2327338 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2023, Mme D, agissant en son nom personnel et en sa qualité de représentante légale de son fils mineur M. A C, représentée par Me Djemaoun, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à l'Etat de les prendre effectivement en charge de manière pérenne et adaptée, avec un accompagnement social conforme aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que son fils mineur est scolarisé, qu'elle s'est fait voler ses affaires et notamment ses papiers d'identité, qu'elle appelle tous les jours le " 115 " et n'a été prise en charge que quatre nuits seulement depuis le mois d'août 2023 alors qu'elle est priorisée niveau 1, qu'elle est toujours dans la rue et présente une extrême vulnérabilité qu'elle a portée à la connaissance de l'Etat, ce qui fait qu'elle est exposée avec son fils à une situation d'indignité et de traitements inhumains et dégradants en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la carence de l'Etat est caractérisée et porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur des enfants garanti par les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, au principe de la dignité de la personne humaine, au droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants et au droit à l'hébergement.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne peut être retenue dès lors que les capacités d'hébergement mises en place par l'Etat en région Ile-de-France sont saturés malgré leur importance, 819 personnes, pour le seul territoire de Paris, au cours de la journée du 28 novembre 2023, ayant vu leur demande d'hébergement rejetée dont 589 personnes en situation de famille avec enfants, dont 289 mineurs, représentant 184 familles différentes et que la requérante et son fils ont été pris en charge à quatre reprises, y compris très récemment du 27 au 28 novembre 2023, et que les refus opposés aux autres demandes n'ont tenu qu'à la nécessité de prioriser des familles dans des situations de détresse plus grande et donc plus vulnérables.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delesalle pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;
- les observations de Me Djemaoun, représentant Mme C, présente, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures et précise que des chambres sont ponctuellement libérées dans des hébergements permettant un accueil épisodique et que la priorisation n'est faite que par les travailleurs sociaux sans ouvrir droit nécessairement à un hébergement d'urgence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. Aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ". L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. / L'hébergement d'urgence prend en compte, de la manière la plus adaptée possible, les besoins de la personne accueillie, () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point 2, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
4. Mme C, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils mineur, né le 4 septembre 2019, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de leur attribuer un hébergement d'urgence et plus généralement de les prendre effectivement en charge de manière pérenne et adaptée, avec un accompagnement social conforme aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles.
5. Il résulte de l'instruction que, malgré les efforts de l'Etat pour accroître les capacités d'hébergement d'urgence à Paris et dans la région d'Ile-de-France, l'ensemble des besoins les plus urgents ne peut être satisfait. Tel est notamment le cas pour les familles avec des enfants. Dans la journée du 28 novembre 2023, 819 personnes ont vu leur demande d'hébergement rejetée dont 589 personnes en situation de famille avec enfants, dont 289 mineurs, représentant 184 familles différentes.
6. D'une part, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté, que Mme C et son fils de 4 ans sont sans abri et sans possibilité d'hébergement par un tiers, alors que la période est hivernale. Elle justifie ainsi d'une situation d'urgence particulière au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
7. D'autre part, Mme C, qui est sans abri ainsi qu'il a été exposé au point 6, a régulièrement appelé le 115 depuis le mois d'août 2023, et a bénéficié avec son enfant d'une prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence pendant quatre nuitées seulement. Eu égard à la situation et à la composition de cette famille, qui la place sans doute possible parmi les plus vulnérables, le refus du préfet de procurer à la requérante, ainsi qu'à son fils, un hébergement d'urgence révèle une carence de l'Etat justifiant que soit ordonné, au motif d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, de prendre les mesures pour mettre cette famille à l'abri.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de proposer à Mme C et à son fils un hébergement d'urgence et d'assurer leur accompagnement social, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de proposer à Mme C un hébergement d'urgence pouvant l'accueillir avec son fils et assurer leur accompagnement social, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 800 euros à Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 2 décembre 2023.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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