lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2327375 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | GAGEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Gagey, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de refus des conditions matérielles d'accueil du 22 septembre 2023 prise à son encontre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir provisoirement au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à Me Gagey au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et
L. 761-1 du code de justice administrative et ne cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en ce qui concerne l'urgence : la cessation des conditions matérielles d'accueil le prive du droit à un hébergement stable et de ressources alors qu'il est dans une situation de particulière précarité et vulnérabilité ;
- en ce qui concerne le moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa vulnérabilité et de ses conditions de vie actuelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la requête enregistrée le 29 novembre 2023 sous le no 2327376 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Salzmann pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 6 décembre 2023 en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Salzmann,
- les observations de Me Gagey, représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité afghane, né le 6 octobre 2023, a déposé une demande d'asile le 24 août 2022, qui a été enregistrée dans le cadre de la procédure Dublin. Il a obtenu le 13 septembre 2022 le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'autorité préfectorale a pris à son encontre un arrêté portant transfert aux autorités autrichiennes, qui a été exécuté le 28 juin 2023. M. A est revenu en France et a déposé une nouvelle demande d'asile le 6 juillet 2023, enregistrée en procédure Dublin. Le préfet de police lui a délivré ensuite, le 3 août 2023, une attestation de demande d'asile dans le cadre d'une procédure accélérée. Par un courrier du 22 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à M. A la cessation des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après son transfert. M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur la demande tendant au bénéfice de l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
4. Il résulte de l'instruction que M. A est sans ressource et sans hébergement stable depuis sa réadmission en France. Contrairement à ce que soutient l'OFII, M. A, qui a bénéficié de la part des services du ministère de l'intérieur de la réservation du billet aérien de retour en France et d'un laissez-passer établi par les autorités autrichiennes pour la France, ne peut pas être regardé comme ayant volontairement contribué à la situation d'urgence qu'il invoque. Le requérant justifie ainsi d'une situation d'urgence au sens des dispositions précitées.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (). ". L'article L. 551-16 de ce code dispose : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, une fois transféré en Autriche, a reçu des autorités françaises un billet d'avion Vienne-Paris et des autorités autrichiennes un laisser passer à destination de la France le 28 juin 2023. En outre, les services de la préfecture de police lui ont délivré le 6 juillet 2023 une attestation " première demande d'asile " dans le cadre d'une procédure accélérée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que l'OFII ne pouvait pas se fonder sur l'article L. 551-16 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre la décision contestée, est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur sa légalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil du 22 septembre 2022 de l'OFII.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au directeur de l'OFII d'accorder, à titre provisoire, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, dans un délai de vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressé à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gagey, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gagey de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder, à titre provisoire, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A dans un délai de vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'État versera à Me Gagey la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gagey renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Gagey et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Paris, le 11 décembre 2023.
La juge des référés,
M. Salzmann
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.