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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327397

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327397

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327397
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantVANNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 novembre 2023 et le 26 février 2024, M. A B, représenté par Me Vannier, demande au tribunal :

1) L'annulation d'un arrêté en date du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2) D'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3) De mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Vannier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administratif et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, de mettre à la charge de l'Etat la même somme au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- Elle a été signée par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- Elle méconnaît les dispositions de l'article L.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides le son droit d'être entendu ;

- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les stipulations de l'article 3-1° de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi :

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- Elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment en ce que le préfet s'est senti lié par les décisions de l'Office français de protection des étrangers et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile sans vérifier le risque qu'il invoquait en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire, enregistré le 9 février 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapport de M. Lamy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Darthout, greffière d'audience, ainsi que les observations de Me Bimgham, substituant Me Vannier, pour M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des observations présentées à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais, né le 25 juillet 1969, demande au tribunal d'annuler un arrêté du 8 novembre 2023, par lequel le préfet police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. Pierre Villa, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, dont relèvent les mesures d'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires désignés, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés à la date de signature de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Le moyen doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, il n'apporte aucune précision permettant d'apprécier qu'elle aurait pu faire valoir utilement d'autres éléments qui auraient pu influer sur le sens de la décision. Il n'est pas établi, dans ces conditions, que la circonstance qu'il n'aurait pas été entendu préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement forcé dont il a fait l'objet aurait effectivement privé l'intéressé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été entendu par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), ainsi que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), devant lesquels il a été à même de faire valoir à tout moment de la procédure, y compris devant les services de la préfecture de police, les éléments de sa vie personnelle qu'il estimait devoir être portés à leur connaissance. En particulier, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile auprès de l'OFPRA qui, par une décision du 17 octobre 2023, a déclaré sa demande irrecevable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France le 26 septembre 2022, alors âgé de presque 53 ans, accompagné de son épouse, laquelle fait également l'objet d'une mesure de reconduite, et de ses cinq enfants mineurs. Eu égard à ces éléments, en particulier la courte durée de son séjour en France et à l'absence d'obstacles à la reconstitution de sa cellule familiale dans son pays d'origine, les circonstances que ses enfants seraient tous scolarisés en France, qu'il souffrirait de douleurs à la poitrine non diagnostiquées à ce jour et serait suivi au sein des services de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu et qu'enfin son épouse serait membre de l'Association " Mieux lire, mieux écrire " ne sont pas de nature à faire regarder l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 susmentionnées doit être écarté.

7. Par ailleurs en sixième lieu, si l'article 3 de cette même convention prévoit que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est inopérant contre l'obligation de quitter le territoire français, qui n'a ni pour objet, ni pour effet de renvoyer l'intéressé dans son pays d'origine. Au surplus, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant aurait demandé, à la date de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides.

8. En dernier lieu, si le requérant fait valoir que ses enfants sont scolarisés en France, il n'établit pas, alors que son épouse ne justifiait pas d'un droit au séjour en France, que ses enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine où la cellule familiale peut se reconstituer. Il suit de là que le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur des enfants du requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est entachée d'illégalité par la voie de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet fixe le pays vers lequel sera reconduit l'étranger si celui-ci ne satisfait pas à l'obligation de quitter le territoire français, constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. La motivation de cette décision ne se confond pas nécessairement avec la décision obligeant l'étranger à quitter le territoire dont elle est distincte. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et indique qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituel où il est effectivement admissible. Par suite, outre ce qui a déjà été dit au point 2, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait insuffisamment motivée doit être écarté.

11. En dernier lieu, le requérant soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la décision attaquée, que la demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de l'OFPRA a été rejetée, par une décision du 17 octobre 2023, au motif qu'elle était irrecevable, après que l'OFPRA et la CNDA aient rejeté sa demande initiale d'asile. En se bornant à réitérer ses craintes en cas de retour en Guinée, au demeurant sans se prévaloir d'un élément nouveau dont l'OFPRA et la CNDA n'aurait pas eu connaissance, le requérant n'apporte aucun élément suffisamment précis et probants qui serait de nature à établir qu'il serait personnellement exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements inhumains et dégradants en violation stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que le préfet de police, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait estimé en compétence liée au regard des décisions de l'OFPRA et de la CNDA, ne saurait être regardé comme ayant méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 3 de cette convention.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

Le magistrat désigné,

E. LAMYLa greffière,

C. DARTHOUT

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2327397/5-3

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