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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327424

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327424

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327424
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantLUJIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Lujien, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 3 novembre 2023 notifiée le 14 novembre 2023 par laquelle le directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice et le versement de l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 6 septembre 2023 ;

4°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au versement de l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la cession de son versement à compter du 1er janvier 2023, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie ; la décision attaquée la place dans une situation de grande précarité ; elle a à sa charge un nourrisson né le 2 octobre 2023 ; elle est privée de ressources et d'un hébergement stable ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; la décision est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ; elle est entachée d'une erreur de droit et de fait au regard des dispositions L. 553-1, D. 553-1, D. 553-24, D. 553-25, L. 551-16, D. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile dès lors que, d'une part, sa situation ne rentre dans aucun des cas de refus, de retrait ou de suspension de l'allocation des demandeurs d'asile et, d'autre part, que l'OFII n'a pas pris en compte sa situation de vulnérabilité alors qu'elle a accouché d'un enfant le 2 octobre 2023 ; elle ne pouvait pas se rendre en préfecture pour y demander une attestation de demandeur d'asile en raison de son état de santé et aucune évaluation de sa vulnérabilité n'a été effectuée par l'OFII ; elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2023, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; la requérante s'est placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque ; elle n'a pas respecté son obligation de présentation aux autorités chargées de l'asile et a été déclarée en fuite ; elle n'apporte aucun élément de nature à justifier ses absences ; elle ne démontre pas avoir engagé des démarches afin de régulariser sa situation ni la réalité d'un problème de santé notamment d'une suspicion de cancer des méninges ; elle n'a pas produit l'attestation de demandeur d'asile qui lui a été demandée par courriel afin qu'elle puisse bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ; la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ; elle contient les considérations de fait et de droit sur lesquelles il s'est fondé ; la requérante n'a pas respecter les exigences des autorités chargées de l'asile notamment en ne se rendant pas aux convocations du 12 et 19 décembre 2022 et ne démontre pas qu'elle a été dans l'impossibilité de les honorer ou d'informer les services de la préfecture de ces absences ; elle ne démontre pas l'existence d'une quelconque vulnérabilité et qu'elle ne peut pas bénéficier d'aides d'associations.

Vu :

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2326243 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de la 5ème section, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 11 décembre 2023 à 11 heures, tenue en présence de Mme Decock, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Aubert ;

- et les observations de Me Bekamezcioglu, représentant Mme A, qui reprend les moyens et conclusions exposés dans sa requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane, née le 21 octobre 1992 à Enugu (Angola), déclare être entrée en France le 2 août 2022. Elle a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée au guichet unique le 5 septembre 2022 en procédure dite " Dublin ". Elle a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 28 septembre 2022 puis a fait l'objet d'un arrêté préfectoral de transfert vers les autorités portugaises le 28 novembre 2022. L'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil par une décision du 24 mars 2023 au motif qu'elle s'est abstenue de se présenter aux autorités compétentes les 12 et 19 décembre 2022. Par une ordonnance n° 2314424 rendue le 6 juillet 2023, le juge des référés a suspendu cette décision en retenant la vulnérabilité de l'intéressée en raison notamment de sa grossesse. En exécution de cette décision, l'OFII a temporairement rétabli les conditions matérielles d'accueil puis, par un courrier du 6 septembre 2023, lui a indiqué son intention d'y mettre fin au motif qu'elle s'est abstenue de fournir les informations utiles à l'instruction de sa demande, ce qui a été ensuite fait par une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil du 3 novembre 2023. Par une ordonnance n° 2326245 rendue le 23 novembre 2023, le juge des référés a rejeté sa demande tendant à la suspension de la décision du 3 novembre 2023 en l'absence de preuve de l'impossibilité d'accomplir les démarches lui permettant d'obtenir le renouvellement de son attestation de demandeur d'asile exigée par l'OFII. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés de suspendre la décision de l'OFII du 3 novembre 2023.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus et de l'urgence à statuer, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Il resulte de l'instruction que Mme A a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Paris la suspension de la décision du 3 novembre 2023 par laquelle l'OFII a cessé de lui verser les conditions matérielles d'accueil et que cette demande a été rejetée par une ordonnance du 23 novembre 2023 au motif que la condition d'urgence n'était pas remplie dès lors qu'elle n'apportait aucun élément concernant son état de santé actuel de nature à établir qu'elle se serait trouvait dans l'impossibilité d'accomplir la démarche lui permettant d'obtenir le renouvellement de son attestation de demandeur d'asile, exigée par l'OFII pour l'instruction de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Il resulte également de l'instruction, qu'à la date de la présente ordonnance la requérante ne justifie toujours pas des raisons qui l'empêche d'effectuer auprès de la préfecture de police la démarche nécessaire pour obtenir une attestation de demande d'asile. Dès lors, la condition d'urgence ne saurait, en l'état de l'instruction, être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Lujien et à l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Fait à Paris, le 14 décembre 2023.

La juge des référés,

S. AUBERT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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