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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327439

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327439

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327439
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2023, Mme E A, représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de la munir, dans l'attente de la remise d'un titre de séjour, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de sept jours à compter du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hug, son conseil, d'une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'en l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) il n'est pas démontré que les trois médecins faisant partie du collège ont bien été désignés par le directeur général de l'OFII, que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L.212-3 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'il n'est pas établi que les signatures électroniques des trois médecins ayant émis l'avis soient authentifiables ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale du droit des enfants

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale du droit des enfants

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Par des mémoires en défense enregistrés le 20 février 2024 et 23 février 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 février 2024.

Des pièces complémentaires enregistrées le 1er mars 2024 ont été présentées pour

Mme A.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023 .

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hermann Jager.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne, née le 31 juillet 1982, entrée en France le

17 février 2016, selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 août 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

Sur le moyen commun aux différentes décisions :

2. Par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme I H, attachée d'administration de l'Etat, placée sous l'autorité de Mme C J, cheffe de la division de l'immigration familiale, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A. La circonstance que l'arrêté ne vise pas la convention relative aux droits de l'enfant n'est pas de nature à traduire une insuffisance de motivation en droit dès lors qu'elle n'en constitue pas le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

5. En troisième lieu, aux termes des deux premiers alinéas de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 9 mai 2023 au vu duquel le préfet de police s'est prononcé et qu'il s'est approprié, comporte le nom des trois médecins ayant siégé au sein de ce collège avec leur signature. Ces signatures, apposées sous forme de fac-similé et dont rien ne permet de remettre en doute l'authenticité, ne constituent pas des signatures électroniques au sens de l'article L.212-3 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, ces médecins, parmi lesquels ne figurait pas le médecin instructeur, ont été désignés par une décision du 1er août 2022 du directeur général de l'OFII, régulièrement publiée, sur le site internet de l'OFII. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

7. D'autre part, pour refuser de délivrer à Mme A un titre de séjour, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'OFII dans son avis du 9 mai 2023, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 18 novembre 2023 et de l'ordonnance du 23 février 2023, établis par le docteur D, médecin généraliste, que Mme A est atteinte d'un syndrome d'apnée du sommeil, d'un diabète de type 2, d'une hypothyroïdie et d'une hypertension artérielle et bénéficie, à ce titre, d'un traitement médical à base de Exforge, Bisoprol, Levothyrox, Metformine, Atorvastatine et Uvedose ainsi que d'un suivi médical pluridisciplinaire régulier. Si Mme A fait valoir qu'elle ne peut être soignée en Guinée, elle ne l'établit pas, faute de la production d'éléments précis et circonstanciés permettant de le démontrer et d'infirmer l'appréciation du préfet de police. En effet, le certificat médical du

18 novembre 2023 établi par le docteur D attestant qu'un " suivi aussi exigeant ainsi que l'obtention de ses traitements en Guinée reste aujourd'hui très compliqué voire impossible au vu de ses comorbidités, il est donc important qu'elle puisse bénéficier d'une prise en charge en France ", ni suffisamment précis, ni suffisamment circonstancié, n'est pas de nature à l'établir, pas plus que ne l'est le certificat médical du 18 avril 2023 établi par le docteur G, médecin spécialiste en médecine nucléaire, qui se borne à indiquer que le traitement de Mme A " est indispensable et doit être contrôlé et suivi indéfiniment ". En outre, si Mme A se prévaut d'une étude issue de la faculté de médecine de Kinshasa, publiée en 2019, indiquant, d'une part, que la Guinée ne disposait d'outil permettant un diagnostic de l'apnée du sommeil et, d'autre part, qu'en 2017, la Guinée ne disposait pas de médecin ayant reçu de formation spécifique au syndrome d'apnée obstructive du sommeil, en l'absence d'éléments récents, précis et circonstanciés, cette seule étude n'est pas de nature à établir que l'intéressée ne pourrait pas disposer dans son pays d'origine d'un appareillage adapté au traitement du syndrome d'apnée du sommeil. Par ailleurs, ni les données générales extraites du rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés du 12 octobre 2018 intitulé " Guinée : traitement du VIH/SIDA " faisant état du système de santé et de l'offre des soins prévalant en Guinée, ni les informations que l'intéressée fournit sur la fréquence des interruptions de l'alimentation électrique dans ce pays, ainsi qu'il ressort d'un extrait de l'ouvrage de la Banque mondiale et de l'Agence française de développement intitulé " Accès à l'électricité en Afrique subsaharienne " daté de 2020, ne permettent davantage d'établir que Mme A ne pourrait bénéficier effectivement du suivi et des traitements que nécessite son état de santé. En outre, il ressort de la liste nationale des médicaments essentiels, datée de 2021, produite en défense, que les médicaments Bisoprolol, Levothyrox, Metormine et Atorvastatine sont disponibles en Guinée. Enfin, la requérante ne livre aucune précision suffisante, ni aucun élément probant permettant d'établir qu'elle ne pourrait bénéficier d'aucune couverture médicale susceptible de lui permettre d'accéder effectivement à une prise en charge médicale. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, la requérante ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales lequel est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour prise sur le fondement de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. L'arrêté litigieux n'a pas pour effet de séparer Mme A de son fils, F B, né le 21 mars 2022 sur le territoire français. En outre, elle ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, de la contribution effective du père, ressortissant guinéen, ni de la résidence régulière sur le territoire français de ce dernier. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 9, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Mme A se prévaut de ce qu'elle est présente en France depuis le 17 janvier 2016, et de ce qu'elle y a développé des liens sociaux et y bénéficie de soins médicaux. Cependant, elle n'établit l'existence d'aucun lien particulier qu'elle aurait noué en France ainsi qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en obligeant Mme A à quitter le territoire français, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivi. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs ci-dessus développés s'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 10 à 14, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, au préfet de police et à Me Hug.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;

- Mme Perfettini , présidente honoraire de tribunal administratif ;

- Mme Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseure la plus ancienne,

D. Perfettini La greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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