jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2327537 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Mileo, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 5 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a clos l'instruction de sa demande ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ; la décision doit être analysée comme un refus de délivrance de titre de séjour dès lors que son dossier était complet ;
- la condition relative à l'urgence est remplie ; la décision attaquée la place en situation irrégulière et la prive de la possibilité de régulariser son séjour, son visa étant venu à expiration le 25 juillet 2023 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; la décision est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa demande ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur de fait, son dossier étant complet ; elle est dépourvue de base légale.
La procédure a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2327504 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de la 5ème section, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 11 décembre 2023, tenue en présence de Mme Decock, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Aubert ;
- les observations de Me Moller, représentant Mme A ;
- et les observations de Me Zerad, pour le préfet de police, qui soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie, Mme A étant libre de faire une nouvelle demande de visa depuis la Chine, et que les éléments produits permettent de comprendre la position de l'administration et d'exclure le doute sérieux quant à la légalité de la décision.
La clôture de l'instance a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de référé :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
En ce qui concerne l'urgence :
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. Il résulte de l'instruction que Mme A est entrée régulièrement en France le 26 avril 2023 à l'appui d'un visa long séjour qui expirait 25 juillet 2023. Elle a demandé, deux mois avant l'expiration de ce visa, la délivrance d'un titre de séjour en qualité qu'ascendant à charge de Français sur le fondement de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces circonstances, eu égard notamment à la régularité du séjour de Mme A à la date de sa demande initiale et à sa diligence tout au long de l'instruction, la décision, qui l'empêche de voir sa demande instruite au titre d'une période de séjour régulier en France, porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. La condition d'urgence, au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit en conséquence être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
4. Aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. ".
5. Les moyens tirés du défaut de motivation, du défaut d'examen sérieux de la demande, de l'erreur de droit et de l'erreur de fait sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
7. La suspension de la décision attaquée implique que le préfet de police procède au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de cet examen, de la munir d'une autorisation provisoire au séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 5 octobre 2023 du préfet de police est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et, dans l'attente de cet examen, de la munir d'une autorisation provisoire au séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 14 décembre 2023.
La juge des référés,
S. AUBERT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.