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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327622

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327622

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327622
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2023, M. A B, représenté par Me Boudjellal, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite du 8 novembre 2022 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est présumée, dès lors que ses conclusions se rapportent à un refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre, la décision attaquée le place en situation irrégulière et de précarité sur le plan personnel et professionnel et alors que son employeur lui a fait part de son intention de se séparer de lui faute de document valide.

Sur le moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu :

- les autres pièces du dossier, notamment les pièces enregistrées pour le préfet de police, représentée par Me Tomasi ;

- la requête, enregistrée le 1er décembre 2023 sous le n°2327608, tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 15 décembre 2023 en présence de Mme Pavilla, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Salzmann,

- les observations de Me Boudjellal, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; il fait observer notamment que le requérant, sous CDI au sein de la même société avec le même employeur a fait l'objet d'un courrier de menace de rupture de contrat de son employeur, faute de document valide, qu'il n'existe aucune preuve d'incomplétude de son dossier de demande de renouvellement de son titre de séjour, que titulaire d'un CDI et n'ayant pas changé d'employeur et d'emploi, une autorisation de travail, en tout état de cause, n'était pas nécessaire pour le renouvellement de son titre de travail " salarié ", qu'il ignorait qu'un rendez-vous avait été fixé et qu'aucune preuve de convocation à un rendez-vous du 6 juin 2023 n'est rapportée ;

- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie compte tenu du délai écoulé depuis la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressé sans accomplir de diligences particulières et sans saisir le juge et qu'il n'existe pas de doute sérieux sur la légalité de sa décision, le requérant n'ayant pas fourni dans le délai imparti l'autorisation du service de la main d'œuvre étrangère (SMOE), sa demande a été classée sans suite et qu'à la suite de l'accord donné par le SMOE, il a été invité à prendre rendez-vous pour le renouvellement de son titre de séjour le 6 juin 2023 auquel il ne s'est pas rendu.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de référé :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur l'urgence :

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Il résulte de l'instruction que M. B, entré régulièrement en France le 3 octobre 2013, bénéficiaire d'un titre de séjour portant la mention " salarié " valable du 20 octobre 2020 au 21 octobre 2021, en a demandé le renouvellement, a été muni de récépissés de demande de renouvellement de titre de séjour dont le dernier a expiré le 7 octobre 2022. M. B justifie par les pièces produites travailler depuis 2017 et exercer une activité salariée sous contrat à durée indéterminée auprès du même employeur depuis novembre 2021 et être exposé à la rupture de son contrat de travail, son employeur s'étant avisé récemment du défaut de régularité de sa situation. Si le préfet de police fait valoir que le requérant ne s'est pas rendu au rendez-vous du 6 juin 2023, à la suite de l'accord du service de la main d'œuvre étrangère, l'intéressé conteste en avoir eu connaissance. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme ayant créé par son comportement une situation d'urgence. Il résulte de ce qui précède que la condition tenant à l'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée, en l'espèce, comme satisfaite.

Sur le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus opposé à M. B sur sa situation personnelle, eu égard à son ancienneté de séjour en France et à son intégration professionnelle est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler à M. B son titre de séjour " salarié " jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. La présente décision implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de le munir durant ce réexamen d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite du préfet de police du 8 novembre 2022 refusant de renouveler à M. B son titre de séjour " salarié " est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 18 décembre 2023.

La juge des référés,

M. Salzmann

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2327663

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