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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327671

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327671

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327671
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 1er décembre 2023 et

6 février 2024, M. A B, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet de police lui a retiré son certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'ordonner la communication de l'ensemble des documents sur lesquels s'est fondé le préfet de police pour prendre sa décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui restituer son certificat de résidence d'une durée de dix ans portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer un certificat de résidence algérien temporaire portant la mention " salarié ", dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à son bénéfice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

S'agissant de la décision de retrait de son certificat de résidence d'une durée de dix ans :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'aucune disposition ne prévoit la possibilité pour l'autorité administrative de retirer un certificat de résidence dans l'hypothèse d'une modification de la situation familiale, notamment en l'absence de toute fraude caractérisée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire et méconnaît les dispositions de l'article L.122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco algérien ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que le principe de bonne administration garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco algérien ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

16 février 2024.

Par une décision du 20 décembre 2023, la demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager ;

- et les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 19 mars 1988, entré en France le 15 décembre 2020 sous couvert d'un visa de type C, s'est vu délivrer, après qu'il a épousé une ressortissante française, Mme B, un certificat de résidence algérien valable du

9 novembre 2021 au 8 novembre 2031, sur le fondement des stipulations des articles 6-2 et 7 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968. Pour faire suite à la main courante déposée par l'épouse de M. B aux termes de laquelle elle signalait l'abandon du domicile conjugal par son époux, et estimant que le certificat de résidence avait ainsi été obtenu par fraude, le préfet de police a, par un arrêté du 1er juin 2023, procédé à son retrait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin de communication des pièces du dossier :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. "

3. Les pièces préalables à la décision administrative ayant été produites par le préfet de police en cours d'instance, les conclusions de M. B tendant à la production de son dossier sont sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens :

4. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié susvisé : " () le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2°, et au dernier alinéa de ce même article. ".

5. En l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord

franco-algérien, le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude, en en rapportant la preuve.

6. Pour retirer le certificat de résidence algérien de dix ans délivré à M. B, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance qu'il résultait de divers éléments portés à sa connaissance que le mariage de M. B avec son épouse, ressortissante française, n'avait été contracté que dans un but migratoire, sans réelle intention matrimoniale de sa part, de sorte que le certificat de résidence avait été obtenu frauduleusement. Il ressort des pièces du dossier que

M. B et son épouse se sont mariés le 7 octobre 2019. Pour faire suite à son mariage,

M. B a obtenu un certificat de résidence algérien valable du 31 décembre 2020 au

30 décembre 2021 puis, s'est vu délivrer un nouveau certificat de résidence, valable du

9 novembre 2021 au 8 novembre 2031. M. B ayant quitté le domicile commun, son épouse a déposé une main courante le 26 novembre 2022 mentionnant que son époux a abandonné le domicile conjugal, un an après l'obtention de son certificat de résidence. Une enquête de police a été diligentée, le 21 mars 2023, sur l'abandon du domicile au cours de laquelle l'épouse de l'intéressé fait valoir que le comportement de M. B a immédiatement changé dès la délivrance de son certificat de résidence, sans autre précision, ni éléments permettant d'en démontrer la réalité. Ces seuls éléments non étayés sont ainsi insuffisants pour établir de façon certaine l'intention frauduleuse de M. B de contracter un mariage dans le seul but migratoire. Nonobstant les allégations de la conjointe du requérant, la rupture de vie commune entre les époux, postérieurement à l'obtention du certificat de résidence ne saurait être regardée, par elle-même, comme constitutive d'une manœuvre frauduleuse. Il suit de là que M. B est fondé à soutenir que le préfet de police n'a pu légalement se fonder sur le caractère frauduleux de cette union pour procéder au retrait du certificat de résidence qu'il avait obtenu en qualité de conjoint d'un ressortissant de français.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant à trente jours son délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. L'exécution du présent jugement implique la restitution de son certificat de résidence à M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de procéder à cette restitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 1er juin 2023 est annulé.

Article 2 : Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de procéder à cette restitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;

- Mme Perrin, première conseillère ;

- Mme Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseure la plus ancienne,

A. PerrinLa greffière,

R. Boudina

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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