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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327754

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327754

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327754
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023, Mme C A, représentée par Me Nakou, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet de police a procédé au retrait de sa carte de séjour pluriannuelle valable du 4 août 2016 au 3 août 2026, ainsi que de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un duplicata de sa carte ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors que, sans titre de séjour, elle ne pourra poursuivre son activité professionnelle d'aide-soignante et donc régler ses dettes locatives, assumer ses charges de la vie courante et subvenir aux besoins de ses deux enfants mineurs ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police ; en effet, cette décision n'a pas été précédée d'une saisine de la commission du titre de séjour, est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a commis aucune fraude, n'a pas tenu compte de sa maladie, et de sa situation professionnelle et familiale, et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de police a produit des documents, enregistrés le 14 décembre et le 16 décembre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le dossier de la requête au fond enregistrée le 4 décembre 2023 sous le n° 2327753 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 15 décembre 2023, en présence de Mme Doucet, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fouassier,

- et les observations de Me Nakou, représentant Mme A, qui maintient ses conclusions et moyens, et de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été reportée au 18 décembre 2023 à 12h.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 17 mai 1984, a sollicité auprès de la préfecture de police, le 7 novembre 2022, la délivrance d'un duplicata de la carte de séjour pluriannuelle valable du 4 août 2016 au 3 août 2026, dont elle était titulaire. Par un arrêté du 28 septembre 2023, le préfet de police a procédé au retrait de cette carte de séjour pluriannuelle. Mme A demande la suspension de l'exécution de cet arrêté, ainsi que de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un duplicata de sa carte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de la capture d'écran de l'application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France (AGDREF) produite par le préfet de police que ce dernier a pris la décision de délivrer à Mme A, à la place de sa carte de séjour pluriannuelle, un nouveau titre de séjour valable du 22 novembre 2023 au 21 novembre 2024, en cours de fabrication à la date du 15 décembre 2023. Dans ces conditions, et nonobstant le fait qu'elle n'ait pu encore prendre possession de ce titre de séjour et qu'elle n'ait pas encore été convoquée pour que ce titre lui soit remis, Mme A n'apporte pas de justifications suffisantes de nature à établir l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dès lors que ce document lui permettra, dans l'immédiat, et dans l'attente du jugement au fond, de séjourner et de travailler en France. La condition d'urgence ne peut donc pas être regardée comme satisfaite.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions présentées par Mme A à fin de suspension ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au préfet de police.

Fait à Paris le 22 décembre 2023.

Le juge des référés,

C. FOUASSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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