mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2327949 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Calvo Pardo, demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour et d'examiner sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il justifie d'une situation d'urgence, dès lors qu'il réside sur le sol français depuis l'année 2008, qu'il est titulaire d'une carte de séjour en qualité de salarié depuis le 5 avril 2018, qu'il a toujours respecté les procédures mises en place par la préfecture pour renouveler sa carte de séjour, que lors de la demande de renouvellement de son titre de séjour, l'autorisation de travail en date du 5 avril 2018 a été remise aux services de la préfecture, qu'il se retrouve dépourvu de récépissé et donc du droit de circuler et de travailler, que son employeur lui a indiqué qu'à défaut de production d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, son contrat de travail sera résilié et que n'ayant jamais changé d'employeur, il n'a pas à solliciter une nouvelle autorisation de travail dans le cadre de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
- une atteinte grave et manifestement illégale est portée à sa liberté d'aller et venir, à sa liberté contractuelle et à son droit au travail.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 décembre 2023, tenue en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Garrigue, substituant Me Calvo-Pardo, représentant M. A, lequel a repris à la barre les moyens invoqués dans la requête, a précisé que le requérant n'a pas reçu de demande pour compléter son dossier et a relevé que les courriels produits par le préfet de police font état d'une demande de carte de résident alors que l'intéressé a présenté une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ;
- les observations de Me Zerad, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police, laquelle a conclu au rejet de la requête et a soutenu que la condition d'urgence n'était pas remplie et que M. A a présenté un dossier incomplet et n'a pas transmis les pièces demandées pour compléter son dossier.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
En ce qui concerne l'urgence :
2. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure particulière instituée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant chinois né le
14 septembre 1989, était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable du 5 avril 2019 au 4 avril 2023. Il a déposé une demande de renouvellement de cette carte de séjour et un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour lui a été délivré le
15 juin 2023, lequel a expiré le 14 septembre 2023. Il a vainement tenté d'en obtenir le renouvellement. Ainsi, M. A est, depuis le 14 septembre 2023, date d'expiration du récépissé dont il était titulaire, en séjour irrégulier sur le territoire français. En outre, par lettre en date du 1er décembre 2023, son employeur l'a informé de la résiliation de son contrat de travail en l'absence de présentation, avant le 11 décembre 2023, d'un document l'autorisant à séjourner et à travailler sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence appelant à bref délai une réponse de la juge des référés saisie sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
4. Aux termes de l'article R. 431-12 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".
5. Il résulte de l'instruction que par courriel en date du 1er décembre 2023, les services de la préfecture de police ont indiqué au conseil de M. A que sa demande de renouvellement de titre de séjour a été classée sans suite au motif qu'il n'avait pas remis dans le délai imparti l'autorisation de travail dont la production lui a été demandée. Cependant, le requérant, qui produit à l'appui de sa requête l'autorisation de travail qui lui a été délivrée le 5 avril 2018, qui bénéficie d'un droit au séjour en France en qualité de salarié depuis l'année 2018 et qui a toujours eu le même employeur, soutient, sans être sérieusement contesté, avoir remis à l'administration, lors du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'autorisation de travail délivrée le 5 avril 2018 et ne pas avoir reçu le courriel daté du 5 juillet 2023, versé aux débats par le préfet de police, par lequel il était invité à compléter son dossier de demande de titre de séjour en transmettant l'autorisation de travail. Et si le préfet de police apporte la preuve de l'envoi de ce courriel, il n'en justifie pas la réception par M. A. Dans ces conditions, M. A, dont la demande de renouvellement de titre de séjour doit être regardée comme étant toujours en cours d'instruction, est fondé à soutenir qu'en ne lui délivrant pas un nouveau récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, le préfet de police porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté de travailler et à sa liberté d'aller et venir.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de reprendre l'instruction de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A et de lui remettre un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais d'instance :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme demandée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de reprendre l'instruction de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A et de lui remettre un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 12 décembre 2023.
La juge des référés,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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