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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2328111

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2328111

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2328111
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre- OQTF 6 sem.
Avocat requérantDA COSTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, M. A D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 novembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

L'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a méconnu le principe du contradictoire ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- a méconnu le principe du contradictoire ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République Française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du préfet de police n°2023-01464 du 29 novembre 2023 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Sorin, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 février 2024, en présence de Mme Agricole, greffière d'audience :

- le rapport de M. Sorin,

- et les observations de Me da Costa, représentant M. D, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant ivoirien, né le 10 avril 1990 à Oussougola en Côte d'Ivoire, demande, par la présente requête, l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B C, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté n°2023-01464 du 29 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les circonstances de fait que M. D ne peut justifier ni d'une entrée régulière sur le territoire français, ni d'un titre de séjour pour s'y maintenir, de sorte qu'elle mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquels elle se fonde et est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté que le préfet de police s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si M. D soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit, il ne fait référence à aucune disposition légale ou réglementaire, ni n'apporte aucun élément factuel à l'appui de ces allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D est né en Côte d'Ivoire où il a vécu jusqu'à son entrée en France. Il est religieusement marié et a deux enfants à charge nés en 2019 et 2022 sur le territoire français. Il n'est pas contesté que M. D n'est pas démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la possibilité pour la cellule familiale de se reconstituer en Côte d'Ivoire, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Le préfet de police n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

10. En sixième lieu, M. D soutient qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision par laquelle le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, laquelle, n'implique pas par elle-même, le retour de l'intéressé dans son pays d'origine. Il peut, en revanche, être utilement invoqué à l'appui invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, la décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, et les circonstances de fait que M. D ne peut justifier ni d'une entrée régulière sur le territoire français, ni d'un titre de séjour pour s'y maintenir, de sorte qu'elle mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquels elle se fonde et est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il ressort des mêmes motifs que ceux développés aux points 4 et 5 du présent jugement que le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

13. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté que le préfet de police s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de fixer le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

14. En quatrième lieu, si M. D soutient que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur de droit, il ne fait référence à aucune disposition légale ou réglementaire, ni n'apporte aucun élément factuel à l'appui de ces allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

15. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

16. Il ressort des pièces du dossier que M. D est né en Côte d'Ivoire où il a vécu jusqu'à son entrée en France. Il est religieusement marié et a deux enfants à charge nés en 2019 et 2022 sur le territoire français. Il n'est pas contesté que M. D n'est pas démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la possibilité pour la cellule familiale de se reconstituer en Côte d'Ivoire, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision fixant le pays de renvoi a été prise. Le préfet de police n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

17. En sixième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

18. M. D soutient qu'il encourt des risques de persécutions dans son pays d'origine en raison de conflits liés à des tensions ethniques. Toutefois, l'intéressé ne produit aucun élément susceptible d'établir la réalité des risques personnels et actuels qu'il invoque. Dans ces conditions, en l'absence de justification des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ait procédé au signalement de M. D aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, ni même qu'il ait prononcé à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 30 novembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 février 2024.

Le magistrat-désigné,

J. SORINLa greffière,

C. AGRICOLE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2328111/2-

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