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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2328113

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2328113

lundi 11 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2328113
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, et un mémoire en réplique enregistré le 9 décembre 2023, Mme F D, agissant en son nom propre et en tant que représentante légale de ses deux filles mineures G C B et E B, représentées par Me Samy Djemaoun, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris de prendre en charge leur hébergement effectif d'urgence de manière pérenne et adaptée à la scolarisation des deux filles, assorti d'un accompagnement social, au titre des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1440 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 selon le sort définitif fait à la demande d'aide juridictionnelle.

Mme D soutient que :

- étant à la rue depuis le 22 novembre 2023 avec ses deux filles de 5 et 7 ans et sans ressources financières, outre la température glaciale, la condition d'extrême urgence est remplie ;

- cette situation méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- la carence de l'Etat est caractérisée.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 9 décembre 2023, le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Gérard Falala, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requérante ne justifie pas suffisamment de sa situation de détresse ;

- étant donné l'âge de 5 et 7 ans des enfants et l'absence de problème de santé, la famille ne peut être regardée sans nul doute possible comme parmi les plus vulnérables ;

- la situation de l'hébergement social est saturée sur Paris ; ainsi le 7 décembre 2023 sur les 936 personnes qui ont vu leur demande rejetée, 694 sont des personnes vivant en famille avec enfants (332 mineurs au total) représentant 211 familles différentes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 9 décembre 2023 à 14h, en présence de Mme Bernard-Lagrède, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Djemaoun, pour Mme D,

- et celles de Me Gorse, pour le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.

Une note en délibéré a été déposée par Me Djemaoun, pour Mme D, le 11 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : "Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire est demandée sans forme () au président de la juridiction saisie ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Sur le fondement de ces dispositions, Mme D, ressortissante malienne âgée de 31 ans, et ses deux filles mineures âgées de 7 et 5 ans, représentées légalement par leur mère, demandent au juge des référés d'enjoindre au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris de leur fournir un hébergement d'urgence en application des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles.

5. Aux termes de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. /Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. /L'hébergement d'urgence prend en compte, de la manière la plus adaptée possible, les besoins de la personne accueillie, notamment lorsque celle-ci est accompagnée par un animal de compagnie. " Et aux termes de l'article suivant L. 342-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ".

6. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu ainsi par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. Il résulte de l'instruction, notamment de la fiche SIAO, d'une note sociale et des débats oraux lors de l'audience publique, les éléments suivants : Mme F D, ressortissante malienne née le 15 janvier 1992, s'est vue délivrer le 25 avril 2023 par le préfet de l'Ariège, une carte de résident en qualité de réfugiée. Elle vit seule en France avec ses deux filles nées au Mali le 3 décembre 2018 et le 26 janvier 2016, lesquelles sont scolarisées pour l'année 2023-2024 à Paris 18ème respectivement en maternelle et en école élémentaire. Après avoir obtenu le statut de réfugiée, elle a dû quitter le CADA où elle a été hébergée dans l'Ariège au titre de la protection des demandeurs d'asile du 2 septembre 2022 au 31 août 2023. Elle est alors retournée à Paris d'où elle venait avant d'avoir accepté la proposition d'hébergement de l'OFII dans l'espoir de trouver plus facilement du travail que dans le département de l'Ariège où les conditions de transports en commun sont en outre moins favorables. Elle a alors sollicité le 115 quasi quotidiennement mais n'a été hébergée que du 15 au 22 novembre 2023.

8. Mme D vit donc seule à la rue depuis le 23 novembre 2023, avec deux enfants de 5 et 7 ans, dépourvue de ressources et ne bénéficiant actuellement que du soutien d'une assistante sociale d'une association. Il ne peut lui être objectée de ne pas avoir fait de démarches en vue de son hébergement ni, dans les circonstances de l'espèce, d'avoir quitté le département de l'Ariège où elle ne pouvait plus réglementairement être hébergée en CADA. En cette période de grand froid possible, compte tenu également du risque dommageable de déscolarisation des enfants et en dépit de l'absence de problème actuel de santé, la situation particulière de cette famille, qui la place sans doute possible parmi les familles les plus vulnérables, l'absence d'hébergement d'urgence constitue une carence caractérisée dans l'accomplissement de la mission confiée à l'Etat nonobstant les chiffres donnés en défense et d'ailleurs non sourcés. Dans les circonstances de l'espèce, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, cette situation justifie de la condition d'extrême urgence et d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, de proposer à Mme D une solution pérenne d'hébergement conformément aux dispositions citées au point 5 des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, dans un délai de huit jours calendaires à compter du lendemain de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'inclure dans cette injonction, au titre de la meilleure adaptation possible de l'hébergement, prévue par le dernier alinéa de l'articles L. 345-2-2, une indication géographique, les enfants devant bénéficier partout en France d'une scolarisation au titre de l'obligation scolaire.

Sur les frais de l'instance :

9. Selon l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 modifiée : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

10. Mme D, étant admise au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle, peut se fonder sur les dispositions précitée de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Djemaoun, son conseil, la somme de 1 000 euros en application desdites dispositions, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Au cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à titre définitif à la requérante, cette somme lui sera versée par l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, de proposer à Mme D une solution pérenne d'hébergement conformément aux dispositions des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, dans un délai de huit jours calendaires à compter du lendemain de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La somme de 1 000 (mille) euros est mise à la charge de l'Etat dans les conditions définies au dernier point de l'ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F D, au ministre de la santé et de la prévention, au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris et à Me Samy Djemaoun.

Copie en sera adressée au bureau de l'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 11 décembre 2023.

Le juge des référés,

L. A

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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