lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2328186 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | OTTOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2023, Mme C A veuve B, représentée par Me Ottou, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui adresser une convocation en vue de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail valable pendant l'examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Ottou sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement.
Elle soutient que :
- elle justifie d'une situation d'urgence, dès lors qu'elle est dans l'impossibilité en tant que parent d'enfants français majeurs de renouveler son titre de séjour sur le site de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), qu'elle a tout mis en œuvre pour renouveler son titre de séjour sur ce site, que l'impossibilité de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour la fera basculer d'une situation de séjour régulier vers un séjour irrégulier à l'expiration de son titre de séjour actuel, soit le 12 décembre 2023, qu'en l'absence de document attestant de la régularité de sa situation à partir du 12 décembre 2023 et en cas de contrôle, elle pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et d'un placement en rétention, que son employeur l'a avertie qu'il mettra fin à son contrat de travail lorsqu'elle sera en situation irrégulière et qu'elle va perdre son emploi et donc sa seule source de revenus ;
- une atteinte grave et manifestement illégale est portée à sa liberté d'aller et venir, à sa liberté de travailler et à son droit de mener une vie privée et familiale normale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A veuve B, ressortissante sénégalaise née le 11 avril 1970, soutient être entrée en France en 1988. Elle est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de deux ans et valable jusqu'au 12 décembre 2023, dont elle souhaite obtenir le renouvellement. Ne parvenant pas, depuis le mois de septembre 2023, à déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour sur le site de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), Mme A veuve B demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui adresser une convocation en vue de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail valable pendant l'examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure particulière instituée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. En l'espèce, Mme A veuve B fait valoir, au titre des circonstances caractérisant une situation d'urgence, qu'elle est dans l'impossibilité en tant que parent d'enfants français majeurs de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour sur le site de l'ANEF, qu'elle se retrouvera en situation de séjour irrégulier sur le territoire français à l'expiration de son titre de séjour, qu'elle pourrait alors, en cas de contrôle, faire l'objet d'une mesure d'éloignement et d'un placement en rétention et qu'elle perdra son emploi, qui constitue sa seule source de revenus. Cependant, la requérante, dont la carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au
12 décembre 2023 n'a pas encore expiré à la date de la présente ordonnance, à laquelle s'apprécie la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle risque de perdre son emploi d'agent de service à compter du 13 décembre 2023 et qui peut saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'extrême urgence telle qu'elle implique qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de Mme A veuve B en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A veuve B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A veuve B et à Me Ottou.
Fait à Paris, le 11 décembre 2023.
La juge des référés,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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