mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2328192 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CHAIB HIDOUCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2023, M. B A, agissant pour sa fille mineure C A et représenté par Me Chaib Hidouci, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de leur proposer sans délai une solution d'hébergement et d'assurer leur accompagnement social sans délai, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'urgence de sa situation est avérée dans la mesure où sa fille est actuellement sans abri malgré des appels répétitifs aux 115 ;
- la carence de l'administration à les prendre en charge porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit à l'hébergement d'urgence, l'intérêt supérieur de l'enfant au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que l'interdiction des traitements inhumains ou dégradants garantie par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thulard pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 de ce code dispose enfin : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
4. M. A, devant être regardé comme agissant en qualité de représentant légal de sa fille mineure C A, née le 13 juin 2017 à Divo (Côte-d'Ivoire), soutient que sa fille et lui-même vivent dans la rue depuis le 4 décembre 2023. Toutefois, il reconnaît que lui-même et sa fille mineure ont bénéficié d'un hébergement d'urgence du 23 au 30 octobre 2023, du 3 au 13 novembre 2023 et du 20 novembre au 4 décembre 2023. Il n'a apporté aucun élément circonstancié permettant d'établir qu'il aurait contacté à de nombreuses reprises et en vain le numéro 115 quand sa fille et lui n'étaient pas pris en charge par le Samu social, y compris depuis le 4 décembre 2023. Par ailleurs, si M. A fait valoir être sans ressources, il n'a apporté aucune pièce attestant de sa propre situation et ne démontre ainsi pas son incapacité à subvenir aux besoins de son enfant mineur. Il ressort en outre de l'acte de naissance de C A que sa mère se prénomme Sarah Sangara. Or, l'attestation de demande d'asile en procédure accélérée délivrée à C par le préfet du Val-d'Oise le 12 juin 2023 mentionne comme adresse de l'enfant " sous couvert de Sangare Sarah, 3 allée des platanes, 95000 Cergy ". Le requérant n'a pourtant apporté une nouvelle fois aucune précision dans ses écritures quant à la présence en France de la mère de sa fille mineure ni a fortiori sur l'incapacité de cette dernière à subvenir à l'hébergement de C à sa propre adresse.
5. Par suite, aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 précité ne saurait être caractérisée dans les circonstances particulières de l'espèce et il est manifeste que les conditions posées par cet article ne sont pas remplies.
6. En conséquence, il y a lieu, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter la requête de M. A, y compris ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a enfin pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E
Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A
Fait à Paris, le 12 décembre 2023.
Le juge des référés,
V. THULARD
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. /9