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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2328248

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2328248

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2328248
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCAMUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 8 décembre 2023 et le 10 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Camus, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français du 8 novembre 2023, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous même condition de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et, à défaut, à la requérante.

Elle soutient que :

- son recours est recevable.

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 avril 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager,

- et les observations de Mme B, son conseil n'étant pas présent.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne née le 1er décembre 1994, est entrée en France le 12 septembre 2017 sous couvert de son passeport, revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Elle a sollicité, le 10 janvier 2023, un changement de statut en sollicitant un titre de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 novembre 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En l'absence d'urgence, il n'y pas lieu d'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire Mme B. Les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de délivrance de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme B. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressée, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits la concernant n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen de sa situation de la part de l'administration.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. "

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a obtenu, en 2021, un diplôme de master 2 " études européennes et internationales " de l'université Sorbonne Nouvelle. Elle a obtenu, le 25 février 2022, un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", valable du 25 février 2022 au 24 février 2023. Au titre de l'année universitaire 2022-2023 Mme B s'est inscrite à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales en 1ère année de LLCER Eurasie Géorgien, qu'elle n'a pas validée, puis s'est réinscrite à cette même formation pour l'année universitaire 2023-2024. Si l'intéressée fait valoir, au soutien de ses conclusions, qu'elle a été victime en février 2023, après son temps de travail en qualité de serveuse, d'un grave accident de la circulation ayant rendu nécessaire une opération et une hospitalisation l'ayant empêchée de valider son année, cette circonstance n'est pas de nature à démontrer que le préfet de police a entaché sa décision de refus d'une erreur d'appréciation. En effet, eu égard au parcours de Mme B et au diplôme précédemment obtenu, le préfet de police a pu considérer, sans erreur d'appréciation, que son inscription en licence LLCER Eurasie Géorgien constitue indubitablement une régression dans le parcours universitaire de la requérante et ne justifie pas le renouvellement du titre de séjour mention " étudiant ". Les éléments justificatifs avancés par la requérante quant à la cohérence de son parcours universitaire ne permettent pas d'infirmer l'appréciation portée par le préfet de police sur son parcours et sont sans incidence sur le fait qu'elle n'a pu valider cette année de licence du fait de la survenance d'un accident de la circulation. Il suit de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait entaché sa décision de refus de délivrance de titre de séjour d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si Mme B se prévaut de ce qu'elle est présente en France depuis presque sept ans et de son projet professionnel, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est célibataire et sans charge de famille en France, et n'établit l'existence d'aucun lien particulier qu'elle aurait noué. Par ailleurs, elle n'allègue pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, le préfet de police n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de la requérante.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme méconnaissant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle et familiale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Camus et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente rapporteure,

- Mme Leravat, conseillère,

- Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La présidente rapporteure,

V. HERMANN JAGER

L'assesseure la plus ancienne,

C. LERAVAT La greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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