mercredi 14 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2328249 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | CHAUVIN-HAMEAU-MADEIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées respectivement les
9 décembre 2023 et 15 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Chauvin-Hameau-Madeira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans le délai de 7 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation à fin de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, en tout état de cause, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail à titre accessoire, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2000 euros à
Me Chauvin-Hameau-Madeira, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Chauvin-Hameau-Madeira renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexe à franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qu'elle assortit ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2024, le préfet de police ,conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
16 janvier 2024.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hermann Jager ;
- et les observations de Me Chauvin-Hameau-Madeira, conseil de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne, née le 23 décembre 1999, entrée en France le 17 août 2015, sous couvert d'un visa long séjour, a sollicité, le 5 janvier 2023, le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans le cadre des dispositions du titre III du protocole annexe de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 9 novembre 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens :
Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :
2. Aux termes des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968: " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Ces dispositions permettent à l'administration d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France le 17 août 2015 à l'âge de 15 ans, a été scolarisée au cours des années 2015 et 2018, à l'issue desquelles elle a obtenu un baccalauréat, série scientifique, spécialité sciences de l'ingénierie. Elle s'est ensuite inscrite en 1ère année de licence mathématique et informatique au sein de l'Université
Panthéon-Sorbonne pour l'année universitaire 2018-2019, année validée à l'issue de l'année universitaire 2019-2020. Elle a poursuivi son parcours en deuxième année de licence au titre des années 2020 à 2022, mais ne l'a pas validé. En septembre 2022, Mme B a entrepris une réorientation dans son parcours universitaire en s'inscrivant en 1ère année de BTS " Négociation et Digitalisation de la relation client ", en alternance, dans le cadre d'un contrat d'apprentissage conclu en octobre 2022, qu'elle a validée. Elle est inscrite en deuxième année de BTS toujours en alternance, au titre de l'année 2023-2024. Si le préfet de police a refusé par l'arrêté attaqué de renouveler le titre " étudiant " de l'intéressée au motif d'une absence de caractère réel et sérieux des études, il ressort cependant des pièces du dossier et notamment de l'attestation d'une assistante sociale du Crous social de Paris en date du 15 novembre 2023, des bulletins de présence hospitaliers des 13 décembre 2020, 17 décembre 2020, 25 janvier et 17 mai 2021 et
21 février 2022, du courrier d'un agent de police judiciaire du 15 décembre 2020, du bureau d'aide aux victimes du 29 juin 2021, d'un rapport d'expertise médical ainsi que d'un courrier du docteur D, médecin généraliste du 29 juin 2021, qu'à la suite d'une agression particulièrement violente, Mme B a rencontré de graves difficultés d'ordre personnel, l'ayant perturbée psychologiquement et ayant pour effet d'obérer ses capacités à poursuivre son cursus universitaire. La requérante justifie être parvenue, en dépit de ces circonstances dramatiques, à reprendre des études et à réussir à valider la première année de son BTS ainsi qu'en atteste son maitre d'apprentissage, M. C qui s'est montré élogieux dans son appréciation à son égard.
Mme B démontre ainsi le caractère réel et sérieux des études qu'elle a reprises, même si elle s'est réorientée, à la suite de son agression. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances très particulières de l'espèce, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de renouveler son certificat de résidence algérien, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
4. Il résulte de tout ce qui précède que la décision par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à Mme B le certificat de résidence qu'elle sollicitait et, par voie de conséquence, la décision par laquelle la même autorité l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée, doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer un certificat de résidence " mention étudiant " à Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 26 décembre 2023. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me Chauvin-Hameau-Madeira, conseil de Mme B, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 (mille) euros à verser à Me Chauvin-Hameau-Madeira.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police en date du 9 novembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, de délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Chauvin-Hameau-Madeira une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chauvin-Hameau-Madeira renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de police et à Me Chauvin-Hameau-Madeira.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;
- Mme Perfettini, présidente honoraire de tribunal administratif,
- Mme Desmoulières, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.
La présidente-rapporteure,
V. HERMANN JAGER
L'assesseure la plus ancienne,
D. PERFETTINI La greffière,
R. BOUDINA
La République mande et ordonne au préfet de police n ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026