mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2328391 |
| Type | Décision |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | GIROD |
Vu la procédure suivante :
La présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Montreuil a transmis la requête présentée par M. A par ordonnance du 8 décembre 2023.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 29 novembre 2023 et 1er février 2024,
M. B A, représenté par Me Girod, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint- Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de 24 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de le munir d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ;
3°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen procédant à l'interdiction de retour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée;
- le préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- le principe du contradictoire a été méconnu en méconnaissance des articles L. 121-1 et L.122-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;
- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; il exerce un métier qui est en tension ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire n'est pas motivée ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de l'illégalité entachant la décision refusant de fixer un délai de départ volontaire ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée ;
- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle avant de prendre l'interdiction de retour sur le territoire français ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est tardive.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente, en application du I de l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Girod, représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations présentées par les parties en application des dispositions des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.
A l'audience, le requérant soutient que le droit d'être entendu a été méconnu et que le procès-verbal de son audition produit n'est pas revêtu de sa signature ni de celle de l'interprète.
Considérant ce qui suit :
1. L'arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Notamment, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise l'article
L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, s'agissant notamment de la menace que le comportement de l'intéressé constitue pour l'ordre public ; la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire mentionne que l'intéressé constitue une menace à l'ordre public. L'arrêté, dans son ensemble, est ainsi suffisamment motivé.
2. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour.
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition du 28 novembre 2023, que l'intéressé a été entendu sur ses conditions de séjour et sur la perspective d'un éloignement préalablement à l'édiction de la mesure contestée. Si M. A soutient qu'il n'est pas établi que l'interprète et lui-même auraient signé le procès-verbal d'audition, il ressort des mentions de ce procès-verbal qui font foi jusqu'à preuve du contraire que l'intéressé a été assisté par M. C, interprète, pendant toute l'audition qui s'est terminée à 11h03. Au demeurant, le requérant ne fait pas état d'éléments qui, communiqués au préfet de
Seine-Saint-Denis, auraient pu entraîner une appréciation différente des faits de l'espèce. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu.
4. La méconnaissance des articles L. 121-1 et L.122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne doivent être écartés comme inopérants.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de M. A avant de prendre les décisions attaquées.
6. Si le requérant conteste constituer une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'audition de l'intéressé qu'il a été arrêté alors qu'il avait agressé sexuellement une femme dans le tram. Dès lors, le préfet de Seine-Saint-Denis a pu légalement, pour ce motif, refuser à M. A un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France, selon ses déclarations, en 2021 et qu'il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en dépit de son activité professionnelle qui demeure récente et en tout état cause irrégulière et eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision du préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 7, le préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas entaché la décision obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. Il résulte de ce qui précède que l'intéressé n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
10. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 7 et alors que l'intéressé constitue une menace à l'ordre public, le préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas entaché la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au préfet
de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La vice-présidente de la 4ème section désignée,
M.-O. Le Roux
La greffière,
I. Trieste
La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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