mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2328505 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 décembre 2023 et le 26 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Hug, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 30 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour et, en l'espèce, elle est établie dès lors qu'elle est susceptible de perdre le bénéfice de la formation professionnelle qu'elle suit actuellement ;
- sa requête au fond n'est pas tardive dès lors qu'elle a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 6 novembre 2023 et a introduit son recours le 12 décembre 2023, après avoir été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 16 novembre 2023, notifiée le 2 décembre suivant ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée qui :
.est entachée d'incompétence,
.est insuffisamment motivée,
.est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle,
. est entachée d'une erreur de droit, le préfet ayant méconnu l'étendue de sa compétence,
.méconnaît les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
.méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
. est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête au fond de Mme B est tardive.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2328410 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 27 décembre 2023 en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, Mme Dhiver a lu son rapport et entendu les observations de Me Hug, avocate de Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de référé :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Mme B, ressortissante camerounaise née le 3 juin 1979, s'est mariée avec un ressortissant français le 22 mai 2019. Le divorce a été prononcé aux torts exclusifs de ce dernier le 7 décembre 2023. Le 7 juin 2023, Mme B a demandé le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle qui lui avait été délivrée le 27 juillet 2021 en qualité de conjointe de Français, valable jusqu'au 26 juillet 2023. Le préfet de police a rejeté cette demande par un arrêté du 30 octobre 2023 au motif que la vie commune entre les époux avait cessé et qu'il n'était pas établi que cette rupture soit imputable à des violences conjugales. Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du préfet de police du 30 octobre 2023 refusant de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
5. Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour qui expirait le 26 juillet 2023. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme B poursuit actuellement une formation professionnelle d'auxiliaire de vie rémunérée par Pôle emploi devant s'achever le 15 mars 2024 et que l'irrégularité de son séjour est susceptible de lui faire perdre le bénéfice de cette formation, notamment du stage en entreprise prévu du 8 au 26 janvier 2024. Ainsi, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à faire naître un doute sérieux :
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet de police du 30 octobre 2023 a été notifié le 3 novembre 2023 à Mme B et que celle-ci a déposé une demande d'aide juridictionnelle dès le 6 novembre 2023, ce qui a eu pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux. Le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme B l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2023. Par suite, contrairement à ce que soutient le préfet de police, la requête au fond de Mme B, enregistrée le 12 décembre 2023, n'est pas tardive.
7. En second lieu, en vertu de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le renouvellement de la carte de séjour délivrée à un étranger conjoint de Français est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. Toutefois, aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. / () ".
8. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 30 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler la carte de séjour pluriannuelle qui avait été délivrée à Mme B en qualité de conjointe de Français.
9. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 30 octobre 2023.
Sur l'injonction :
10. L'exécution de la présente ordonnance implique que le préfet de police procède au réexamen de la demande de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et que, dans l'attente de ce réexamen, il lui délivre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme B est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Hug, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hug de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 30 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Hug, avocate de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B, la somme de 800 euros lui sera versée.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Hug.
Copie en sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Paris, le 27 décembre 2023.
La juge des référés,
M. DHIVER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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