vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2328568 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET NORMAND & ASSOCIES (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 décembre 2023 et 12 mars 2024, la société Janssen-Cilag, représentée par Me Nigri, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de la Guadeloupe à lui verser une provision de 36 852,52 euros, à capitaliser à la date d'enregistrement au titre des factures impayées, comprenant les sommes dues au principal, les intérêts moratoires et leur capitalisation ainsi que les indemnités forfaitaires et ce, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 3 000 euros par jour de retard jusqu'à l'entière exécution de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge du CHU de la Guadeloupe une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, assortie des dépens éventuels.
Elle soutient que :
- l'obligation de paiement n'est pas sérieusement contestable ;
- l'astreinte est justifiée en raison du comportement du CHU de la Guadeloupe.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le CHU de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'au regard des pièces communiquées, l'obligation alléguée est sérieusement contestable, dans son principe et son quantum.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. La société Janssen-Cilag a conclu, le 22 avril 2021, avec le GIP Réseau des acheteurs hospitaliers (RESAH) un marché public n° 2021-019-MN021 portant sur la fourniture de spécialités pharmaceutiques en monopole, passé selon une procédure sans publicité ni mise en concurrence préalable, dont le CHU de la Guadeloupe est l'un des bénéficiaires. Ce dernier n'ayant pas réglé la totalité des factures correspondant aux commandes passées avec la société Janssen-Cilag, celle-ci lui a adressé une mise en demeure le 9 novembre 2022, notifiée le 21 novembre 2022, ainsi qu'une mise en demeure rectificative le 2 février 2023, notifiée le 7 février 2023. En l'absence de paiement, la société Janssen-Cilag a adressé un mémoire de réclamation daté du 14 avril 2023, notifié le 19 avril 2023. Le CHU de la Guadeloupe ne s'étant pas acquitté de la totalité des sommes réclamées, la société Janssen-Cilag demande au juge des référés du tribunal, dans le dernier état de ses écritures, après avoir procédé à l'actualisation de la somme demandée suite au règlement de certaines factures impayées, de condamner le centre hospitalier, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser à titre de provision la somme totale de 36 852,52 euros.
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
Sur le principal :
4. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 1 et du mémoire en réplique, que le CHU de la Guadeloupe n'a pas réglé les sommes dues au titre de trois factures correspondant à la fourniture de spécialités pharmaceutiques en monopole. Les factures concernées correspondent à la livraison de trois médicaments, l'Uptravi, le Zytiga et le Xeplion, pour un total de 28 075,05 euros au 1er décembre 2023.
5. Si le CHU de la Guadeloupe fait valoir en défense que la société Janssen-Cilag n'établit ni la livraison de prestations conformément aux bons de commande, ni que les factures correspondraient à la réalité de l'obligation dont la société se prévaut, la société Janssen-Cilag soumet au juge des référés des éléments de nature à établir l'existence de l'obligation du CHU de la Guadeloupe avec un degré suffisant de certitude. D'une part, la société Janssen-Cilag détaille dans un tableau précis, facture par facture, la réalité des prestations effectuées qui corroborent les bons de commande, d'autre part, elle apporte la preuve de la livraison de ces prestations via ses échanges avec la société Bolloré Logistics, transitaire à l'aéroport de Pointe-à-Pitre. Au demeurant l'établissement invoque lui-même un manque de trésorerie pour expliquer les retards de paiement, indiquant espérer une amélioration rapide de la situation. Par ailleurs, il ne conteste pas le statut de paiement des factures litigieuses tel que figurant dans un tableau actualisé par la société requérante à la date du 1er décembre 2023, ni ne critique les modalités de calcul des sommes que celle-ci réclame.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 qu'il y a lieu de condamner le CHU de la Guadeloupe à verser à la société Janssen-Cilag la somme totale qu'elle réclame au titre des factures qui restent à ce jour impayées pour un montant total de 28 075,05 euros, à titre de provision, pour ce qui concerne le principal, dont l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette condamnation d'une astreinte.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
7. Aux termes de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. / Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires, à une indemnité forfaitaire et, le cas échéant, à une indemnisation complémentaire versés au créancier par le pouvoir adjudicateur. / Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire. / Lorsque les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de l'indemnité forfaitaire prévue à l'alinéa précédent, le créancier peut demander une indemnisation complémentaire, sur justification. ". Aux termes de l'article R. 2192-10 du même code : " Le délai de paiement prévu à l'article L. 2192-10 est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice. ". Aux termes de l'article R. 2192-11 du même code : " Par dérogation à l'article R. 2192-10, le délai de paiement est fixé à :
1° Cinquante jours pour les établissements publics de santé et les établissements du service de santé des armées ". Aux termes de l'article R. 2192-31 du même code : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. ". Aux termes de l'article R. 2192-32 du même code : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. ". Le marché prévoit à l'article 15.04 des clauses particulières du marché, un délai de paiement de 50 jours.
8. En application de ces dispositions, les intérêts moratoires courent à compter, non pas de la réception de son courrier de mise en demeure de payer, mais du lendemain de l'expiration du délai de paiement de chacune des factures. La société requérante est dès fondée à demander la condamnation du CHU de la Guadeloupe à lui verser, à titre de provision, les intérêts moratoires, au taux prévu à l'article R. 2192-31 du code de la commande publique, sur le montant des trois factures impayées, courant à compter du lendemain de la date d'échéance de ces factures jusqu'à leur paiement effectif. Les intérêts dus seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts au 13 décembre 2023 puis à chaque échéance annuelle.
Sur l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement :
9. En vertu de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique, le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement. L'article D. 2192-35 du même fixe le montant de cette indemnité à 40 euros.
10. Si le CHU de la Guadeloupe s'est acquitté d'une partie des factures litigieuses, il résulte de l'instruction qu'aucune de ces factures n'a été réglée dans le délai de paiement qui était imparti à l'établissement. La société a ainsi droit au versement de l'indemnité forfaitaire de frais de recouvrement pour chacune des factures non honorées ou payées avec retard, notamment les deux factures réglées au mois de janvier et mars 2024. Par suite, la créance de 200 euros dont elle se prévaut, correspondant à l'application de cette indemnité pour 5 factures litigieuses, présente un caractère non sérieusement contestable au sens des dispositions précitées de l'article R. 541- 1 du code de justice administrative.
Sur les frais de l'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de la Guadeloupe la somme de 1 500 euros à payer à la société Janssen-Cilag sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Le CHU de la Guadeloupe est condamné à verser à la société Janssen-Cilag, une provision de 28 075,05 euros, augmentée des intérêts moratoires et de leur capitalisation dans les conditions indiquées au point 8, dans la limite de la somme de 36 732,52 euros demandée.
Article 2 : Le CHU versera la somme de 200 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de frais de recouvrement.
Article 3 : Le CHU de la Guadeloupe versera à la société Janssen-Cilag une somme de
1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Janssen-Cilag et au CHU de la Guadeloupe.
Copie en sera transmise à l'agence régionale de santé de Guadeloupe.
Fait à Paris, le 19 avril 2024.
La juge des référés,
M-O. Le Roux
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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