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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2328638

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2328638

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2328638
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantHASSANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 décembre 2023 M. A E demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 novembre 2023 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de délivrer une carte professionnelle d'agent de sécurité ;

2°) d'enjoindre au CNAPS de réexaminer sa situation dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à payer à chaque requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, en l'absence de preuve de délégation de signature régulière ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, pour avoir été prise en l'absence d'inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas mentionnés sur le bulletin n°2 de son casier judiciaire, qu'il exerce des fonctions d'agent de sécurité depuis 2006, que l'exercice de sa profession est crucial pour subvenir à ses besoins, et qu'il a trois enfants à charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2025, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le code de sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cicmen,

- et les conclusions de M. Pény, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F B a demandé, le 5 octobre 2023, une carte professionnelle l'autorisant à exercer les activités privées d'agent de sécurité. Par une décision du 13 novembre 2023, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de délivrer sa carte professionnelle au motif qu'il a été mis en cause en qualité d'auteur des faits d'appels téléphoniques malveillants réitérés et harcèlement d'une personne sans incapacité, et que, par suite, il ne satisfaisait pas à la condition prévue au 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D C, déléguée territoriale, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par une décision n° 7/2023 du directeur du CNAPS du 5 octobre 2023, publiée sur le site internet du CNAPS. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l'intéressé en mesure d'en discuter les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; ". Aux termes de l'article L. 612-20 de ce même code, dans sa version applicable au litige : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

5. En application des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, à l'issue d'une enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession ou la direction d'une personne morale exerçant cette activité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ou que la condamnation prononcée en raison de ces agissements aurait été effacée de ce bulletin. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

6. D'une part, ainsi que cela a été dit, la décision attaquée pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-20, 2° du code de la sécurité intérieure, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou que la condamnation prononcée en raison de ces agissements aurait été effacée de ce bulletin. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'auteur de la décision attaquée aurait méconnu les dispositions précitées du code de la sécurité intérieure pour avoir été prise alors que les agissements en cause ne seraient pas inscrits au bulletin n°2 du casier judiciaire. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. D'autre part, le requérant indique qu'il exerce des fonctions d'agent de sécurité depuis 2006, soit dix-sept ans depuis la date de la décision attaquée. A ce titre, il ne pouvait ignorer que l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité impose un strict respect des lois et règlements en vigueur. Par ailleurs, M. B, ne conteste pas la matérialité des faits qui fondent la décision attaquée, a été mis en cause en qualité d'auteur des faits " d'appels téléphoniques malveillants réitérés et harcèlement d'une personne sans incapacité : propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation ou des conditions de vie altérant la santé commis du 22 mai 2020 au 13 octobre 2020 à Cires-lès-Mello, et violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, commis le 23 septembre 2020 à Cires-Lès-Mello et ayant donné lieu à une peine de 400 euros d'amende dont 200 euros avec sursis suivant jugement du 26 avril 2021. ". De surcroît, le CNAPS produit la réponse du 12 octobre 2023 par l'adjoint à l'état-major de la direction départementale de la sécurité publique du Nord à la demande d'enquête de moralité par la délégation territoriale Nord du CNAPS. Cette réponse, qui apporte des éléments de contexte aux faits précités, dont le contenu n'est pas contesté, fait part, sur la période considérée, d'appels réitérés, de suivi des déplacements et de surveillance quotidienne de la victime par M. B, d'un déplacement sur le lieu de travail de la victime par M. B assorti d'une menace avec une hachette. Dans ces conditions, les agissements en cause, commis moins de trois ans avant la décision attaquée, qui ne sauraient être regardés comme étant d'une portée insignifiante, sont incompatibles avec l'exercice des fonctions sollicitées. Enfin, à l'appui du présent moyen, les conséquences sur sa situation personnelle et familiale, dès lors qu'il a une famille à charge, dont se prévaut le requérant sont sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Il résulte de ce qui précède que la déléguée territoriale du CNAPS n'a pas entachée sa décision d'une erreur d'appréciation. Il s'ensuit que le moyen soulevé en ce sens par M. B doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Ladreyt, président,

- M. Cicmen, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le rapporteur,

D. Cicmen

Le président,

J.P. Ladreyt La greffière,

A. Gomez Barranco

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2328638/6-3

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