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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2328669

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2328669

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2328669
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 14 et

20 décembre 2023, Mme F G A, retenue en zone d'attente de l'aéroport d'Orly, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas bénéficié de la présence d'un interprète dans sa langue maternelle, l'arabe irakien, et physiquement présent lors de son entretien mené par un agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- la confidentialité des éléments d'information de la demande d'asile n'a pas été respectée, tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par les agents du ministère de l'intérieur ;

- les conditions matérielles de l'entretien ne lui ont pas permis de développer son récit ;

- l'arrêté attaqué fait une inexacte application de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'examen du ministre a dépassé le caractère manifestement infondé de la demande ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation et ne prend pas en compte l'état de sa vulnérabilité ;

- il méconnaît le principe de non-refoulement et l'article 33 de la convention de Genève, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par la SCP d'avocats Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 14 et 20 décembre 2023, M. D E D, retenu en zone d'attente de l'aéroport d'Orly, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas bénéficié de la présence d'un interprète dans sa langue maternelle, l'arabe irakien, et physiquement présent lors de son entretien mené par un agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- la confidentialité des éléments d'information de la demande d'asile n'a pas été respectée, tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par les agents du ministère de l'intérieur ;

- les conditions matérielles de l'entretien ne lui ont pas permis de développer son récit ;

- l'arrêté attaqué fait une inexacte application de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'examen du ministre a dépassé le caractère manifestement infondé de la demande ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation et ne prend pas en compte l'état de sa vulnérabilité ;

- il méconnaît le principe de non-refoulement et l'article 33 de la convention de Genève, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par la SCP d'avocats Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marik-Descoings,

- les observations orales de Me Darrot, avocat commis d'office représentant Mme A et M. E D, assistés de M. C, interprète en langue arabe,

- et les observations orales de Me Ben Hamouda, avocat du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante irakienne née le 9 août 1990, et M. E D, ressortissant irakien né le 1er juin 1989, demandent l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2328669/8 et 2328671/8 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y être statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'avis du 13 décembre 2023 de l'OFPRA sur les demandes d'asile présentées par Mme A et M. E D, que les entretiens des intéressés avec un officier de protection se sont déroulés avec le concours d'un interprète par téléphone, en langue arabe. Si Mme A et M. E D font valoir que cet interprète ne parlait pas l'arabe irakien mais l'arabe maghrébin, ils n'ont pas manifesté d'incompréhension au cours de cet entretien. Par ailleurs, aucun élément du dossier ne permet de considérer que la circonstance que l'interprète n'ait pas été physiquement présent aux côtés de Mme A et M. E D aurait empêché ces derniers d'exprimer clairement les motifs de leur demande d'asile. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'auraient pas bénéficié, ni été mis à même de bénéficier, d'un interprète dans leur langue maternelle, alors d'ailleurs que la possibilité de recourir à l'assistance d'un interprète par l'intermédiaire de moyens de télécommunication est expressément prévue par les dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, si Mme A et M. E D invoquent la méconnaissance du principe de confidentialité des éléments de sa demande d'asile, au motif que l'OFPRA transmet par télécopie ou courrier électronique ses avis qui comprennent le compte-rendu de l'audition à des agents du ministère de l'intérieur, il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme le soutiennent les requérants, ces agents ne seraient pas " personnellement habilités ". Si Mme A et M. E D soutiennent, en outre, que ces agents reprennent les déclarations des demandeurs d'asile dans leurs décisions avant de les transmettre en zone d'attente par télécopie à l'officier de quart qui notifie la décision, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les décisions prises par le ministre de l'intérieur en la matière sont mises à la portée de l'ensemble des agents de la police aux frontières, par ailleurs astreints au secret professionnel. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, Mme A et M. E D n'apportent, ni dans leurs écritures, ni à l'audience, d'éléments permettant d'établir que les conditions matérielles de l'entretien les auraient empêchés de développer leur récit.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ".

8. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de Mme A et de M. E D telles qu'elles ont été consignées dans les compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA que les requérants font valoir que vivant à Kerbala depuis leur mariage en 2007, M. E D a été accusé d'être responsable du décès accidentel de l'un de ses employés et qu'il est, malgré son innocence reconnue par la justice, poursuivi par le père du défunt, qui fait partie d'une milice, qui s'en est pris à son propre frère et l'a assassiné. Craignant pour sa vie et celle de sa famille, il a fui avec son épouse et ses cinq enfants à B dans un premier temps puis de son pays. Toutefois, d'une part, les requérants peinent à expliquer les raisons pour lesquelles le père de l'employé décédé s'est acharné sur eux en dépit de leur innocence. D'autre part, les circonstances de la mort du frère du requérant sont relatées de manière fluctuante et peu crédible. Enfin, les agressions dont les intéressés ont été victimes à B revêtent un caractère peu vraisemblable quant à la culpabilité de leur persécuteur présumé. Dans ces conditions, et en dépit des pièces produites par les requérants, plaintes déposées, acte de décès du frère de M. E D et constatations policières, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de Mme A et M. E D au regard notamment de leur vulnérabilité, et sans méconnaître l'article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande des intéressés d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'ils seraient réacheminés vers tout pays dans lequel ils seraient légalement admissibles. Il s'ensuit que le ministre de l'intérieur a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à Mme A et à M. E D l'entrée en France au titre de l'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A et M. E D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du ministre de l'intérieur et des outre-mer du

13 décembre 2023. Par voie de conséquence, les requêtes des intéressés doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requête de Mme A et M. E D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G A, à M. D E D et au ministre l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 20 décembre 2023.

La magistrate désignée,

N. MARIK-DESCOINGSLa greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/8 et N° 2328671/8

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