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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2328735

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2328735

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2328735
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023, M. B et Mme A C, représentés par Me Lubaki, demandent au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la préfecture d'Ile-de-France de les orienter vers une structure d'urgence à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard en rappelant à ladite autorité que leur maintien dans ladite structure est de droit tant qu'ils ne disposent pas d'un hébergement stable ou d'un logement ;

2°) à défaut, d'enjoindre au conseil départemental du Val-de-Marne de les orienter vers une structure d'urgence à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard en rappelant à ladite autorité que leur maintien dans ladite structure est de droit tant qu'ils ne disposent pas d'un hébergement stable ou d'un logement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'ils sont contraints de dormir dans un véhicule et qu'ils dépendent de la solidarité de leur église pour maintenir un minimum d'hygiène ;

- la carence de l'Etat porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de leurs enfants, au droit au respect de la vie et au droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants : le ménage est à la rue depuis le 9 septembre dernier ; la famille comporte six personnes et ne dispose d'aucun accompagnement social ; ils se trouvent dans une situation de détresse psychique et sociale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 décembre 2023, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, et le département du Val-de-Marne concluent au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ladreyt, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 décembre 2023, tenue en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, M. Ladreyt a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Lubaki, représentant M. B et Mme A C,

- les observations de Me Gorse, substituant Me Falala, pour le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Vu la note en délibéré produite par les requérants postérieurement à la tenue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " II. Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et qui n'a pas été accueilli, dans un délai fixé par décret, dans l'une de ces structures peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. / () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue prioritaire par la commission de médiation et que n'a pas été proposée au demandeur une place dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ordonne l'accueil dans l'une de ces structures et peut assortir son injonction d'une astreinte./ () Le montant de cette astreinte est déterminé en fonction du coût moyen du type d'hébergement considéré comme adapté aux besoins du demandeur par la commission de médiation. / Le produit de l'astreinte est versé au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement, institué en application de l'article L. 300-2. ". Ces dispositions, par lesquelles le législateur a ouvert aux personnes déclarées prioritaires pour l'accueil dans une structure d'hébergement un recours spécial en vue de rendre effectif leur droit à l'hébergement, définissent la seule voie de droit ouverte devant la juridiction administrative afin d'obtenir l'exécution d'une décision de la commission de médiation. Par suite, ces personnes ne sont pas recevables à agir à cette fin sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Toutefois, dans l'hypothèse où un jugement de tribunal administratif qui a, sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, ordonné l'accueil du demandeur reconnu prioritaire dans l'une des structures d'hébergement mentionnées par ces dispositions, demeure inexécuté, les dispositions des articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles permettent à l'intéressé de solliciter le bénéfice de l'hébergement d'urgence. Le demandeur peut, s'il s'y croit fondé, saisir le juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de prendre toutes mesures afin d'assurer cet hébergement dans les plus brefs délais. Une carence caractérisée dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose au sein du département concerné ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. Il résulte de l'instruction que la famille des requérants a été reconnue prioritaire au titre du droit au logement opposable depuis une décision de la commission de médiation de Paris du 3 mai 2013 et que leur demande de logement social datant initialement du 1er juin 2010 a été renouvelée en dernier lieu jusqu'au 6 juin 2024. Ayant formé des recours juridictionnels dans le cadre du dispositif applicable en matière du droit au logement, il leur appartient d'établir l'existence d'une carence caractérisée des services de l'Etat pour justifier de la recevabilité et du bien-fondé de leur demande devant le juge des référés-libertés.

6. En l'espèce, si les requérants font état de ce que cette famille de six personnes, dont quatre enfants mineurs scolarisés, dort la nuit dans un semi-remorque utilisé la journée à des fins professionnelles et connaît des conditions de vie difficiles, il résulte de l'instruction qu'elle a été prise en charge par le Samu social jusqu'au 13 septembre 2023 suite à son expulsion, que M. B perçoit un salaire de 1 373 euros par mois en tant que chauffeur livreur dans une entreprise depuis le 14 avril 2016 et qu'il n'est pas contesté utilement que Mme A C percevrait des prestations sociales et familiales en tout état de cause d'un montant de près de 2 000 euros par mois, compte tenu du nombre de leur enfants, voire a minima de 1200 euros mensuels, ce qui place les requérants dans une situation difficile mais qui ne revêt pas un caractère de gravité supérieur à celui que connaissent nombre de familles éligibles au droit au logement. Dès lors, s'il y a bien carence de l'Etat, celle-ci n'est pas caractérisée au sens des dispositions précitées et compte tenu de la saturation du dispositif d'accueil des personnes mal ou non logées.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration défenderesse, que la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B et de Mme A C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Mme A C, au département du Val-de-Marne et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 19 décembre 2023.

Le juge des référés,

J-P LADREYT

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2328735/9

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