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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2328758

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2328758

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2328758
TypeOrdonnance
Avocat requérantENFERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et mémoire, enregistrés les 17 et 18 décembre 2023, Me B A, agissant tant en qualité de représentante légale qu'avocate de son fils mineur M. C D A, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 13 décembre 2023 par laquelle la proviseure de lycée Jean-Baptiste Say du 16ème arrondissement de Paris a décidé d'exclure temporairement de l'établissement, du 18 au 21 décembre 2023, M. C D A, inscrit en classe de terminale 6.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la sanction prend effet à compter du 18 décembre 2023 ;

- l'atteinte à une liberté fondamentale, le droit à l'instruction, est établie, dès lors que, d'une part, les faits reprochés à l'enfant sont non constitutifs de harcèlement envers un camarade de classe, d'autre part, que la sanction infligée tombe dans une période où se dérouleront beaucoup de devoirs, enfin, que, les épreuves prochaines de baccalauréat ont lieu dans deux trimestres ;

- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation et de vice de procédure dès lors qu'aucun dossier n'existe et ne lui a été communiqué dans le cadre du caractère contradictoire de la procédure disciplinaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution,

- le code de l'éducation,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Vidal, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ". L'article L. 522-3 dispose cependant que " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Aux termes de l'article R. 421-10 du code de l'éducation : " En qualité de représentant de l'Etat au sein de l'établissement, le chef d'établissement : / () 4° Est responsable de l'ordre dans l'établissement. Il veille au respect des droits et des devoirs de tous les membres de la communauté scolaire et assure l'application du règlement intérieur ; / 5° Engage les actions disciplinaires et intente les poursuites devant les juridictions compétentes. / A l'égard des élèves, il est tenu, dans les cas suivants, d'engager une procédure disciplinaire, soit dans les conditions prévues à l'article R. 421-10-1, soit en saisissant le conseil de discipline : / a) Lorsque l'élève est l'auteur de violence verbale à l'égard d'un membre du personnel de l'établissement ; / b) Lorsque l'élève commet un acte grave à l'égard d'un membre du personnel ou d'un autre élève. / Il peut prononcer sans saisir le conseil de discipline les sanctions mentionnées à l'article R. 511-14 ainsi que les mesures de prévention, d'accompagnement et les mesures alternatives aux sanctions prévues au règlement intérieur. / Il est tenu de saisir le conseil de discipline lorsqu'un membre du personnel de l'établissement a été victime de violence physique ". Aux termes de l'article R. 421-10-1 du même code : " Lorsqu'il se prononce seul sur les faits qui ont justifié l'engagement de la procédure disciplinaire, le chef d'établissement informe sans délai l'élève des faits qui lui sont reprochés et du délai dont il dispose pour présenter sa défense oralement ou par écrit ou en se faisant assister par une personne de son choix. Ce délai, fixé par le chef d'établissement, est d'au moins deux jours ouvrables. / Si l'élève est mineur, cette communication est également faite à son représentant légal afin que ce dernier produise ses observations éventuelles. Dans tous les cas, l'élève, son représentant légal et la personne éventuellement chargée de l'assister pour présenter sa défense peuvent prendre connaissance du dossier auprès du chef d'établissement. /() ".

3. Par décision du 13 décembre 2023, la proviseure du lycée Jean-Baptiste Say de Paris, a, sur le fondement de l'article R. 421-10-1 du code de l'éducation précité, prononcé à l'encontre de M. C D A, élève en classe de terminale 6, une sanction d'exclusion temporaire de quatre jours sur la période du 18 au 21 décembre 2023, au motif qu'il harcelait un élève de sa classe. M. C A a déposé plainte en diffamation le 17 décembre 2023 à 19h39 au commissariat de police du 16ème arrondissement de Paris à l'encontre de cet élève.

4. Mme A soutient que cette mesure porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'instruction de l'enfant, dès lors qu'elle est entachée d'un défaut de motivation et de vice de procédure. Toutefois, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure contradictoire mise en œuvre par une décision du 7 décembre 2023, invitant les intéressés à présenter leurs observations préalables le 11 décembre 2023 à 8h30 quant au fait reproché, et qu'elle est suffisamment motivée. Par suite, cette décision ne saurait être regardée comme portant une atteinte manifestement illégale au droit à l'instruction de l'enfant alors en outre que la requérante n'établit pas que cette mesure remet sérieusement en cause la poursuite normale des études du jeune C pour l'année scolaire en cours, à supposer même, comme il est allégué mais non établi, qu'il manquerait des devoirs de classe. Par ailleurs, la mesure attaquée ne prive pas l'intéressé de la possibilité de rattraper les cours manqués. Par suite, les conclusions de la requête, aux fins de suspension, sont manifestement mal fondées. Il y a lieu, dès lors, de rejeter la requête dans toutes ses conclusions selon la procédure prévue par les dispositions rappelées ci-dessus de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée pour M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Paris, le 18 décembre 2023.

La juge des référés,

S. VIDAL

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, en ce qui le concerne, et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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