lundi 8 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2328921 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET SCP D'AVOCATS CLEMANG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, M. A C, représenté par Maître Clemang, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du ministre de l'Intérieur et des outre-mer
du 28 novembre 2023, notifié le 9 décembre 2023, prononçant son expulsion du territoire français et la décision du même jour fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au ministre de lui délivrer sa carte de résident en cours de validité ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en raison du caractère immédiatement exécutoire de la mesure d'expulsion, en outre, il est actuellement placé en rétention et risque donc d'être éloigné à tout moment vers le Maroc ;
- l'arrêté porte atteinte aux droits de la défense dès lors, d'une part, que le bulletin spécial de notification préalable à l'audition devant la commission d'expulsion ne lui a pas été communiqué ni notifié par l'intermédiaire d'un fonctionnaire de police ou de gendarmerie au moins quinze jours avant la réunion de la commission du 20 septembre 2023 et, d'autre part, que l'avis de la commission d'expulsion n'est pas produit et ne lui a pas été communiqué ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que rien dans son parcours personnel ne justifie le recours à la notion de nécessité impérieuse pour l'ordre public, les faits pour lesquels il a été condamné ont été provoqués par des troubles psychiatriques ayant altéré son discernement et la menace ne présente pas de caractère actuel car il se conforme à son obligation de soins ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car toute sa famille réside en France, où il vit depuis l'année 2008.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- M. C a été expulsé du territoire français le 21 décembre 2023 si bien que la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- il n'existe aucune urgence à permettre le retour sur le territoire français de M. C, compte tenu de la menace à l'ordre public que fait peser son comportement sur le territoire français ;
- il n'existe pas de doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée tant en ce qui concerne la procédure suivie devant la commission d'expulsion que s'agissant de la nécessité impérieuse pour la sureté de l'Etat, au regard du parcours de délinquance de l'intéressé depuis l'année 2008.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 décembre 2023 sous le n°2328920 par laquelle M. C demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Thomas, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport, indiqué que le moyen d'ordre public tiré du non-lieu à statuer était susceptible d'être retenu et entendu :
- les observations de la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer, dûment habilitée.
M. C n'est ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. Il résulte des pièces soumises au juge des référés et des écritures en défense que M. C a été expulsé le 21 décembre 2023 vers le Maroc. Dès lors, l'arrêté d'expulsion et l'arrêté fixant le pays de destination du même jour ayant produit tous leurs effets, les conclusions présentées par M. C tendant à la suspension de leur exécution sont devenues sans objet. Il n'y a, par suite, pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension ni, par voie de conséquence, sur les conclusions à fin d'injonction de la requête.
3. L'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de M. C.
Article 2 : Les conclusions de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Paris, le 8 janvier 2024.
La juge des référés,
Anne B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2325800