jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2329093 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GUERY & VOUZELLAUD AVOCATS ASSOCIES (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Vouzellaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident et subsidiairement de renouveler son titre de séjour, et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident ou, à titre subsidiaire, une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. A titre infiniment subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en méconnaissance de l'injonction prononcée par le présent tribunal le 21 juin 2023, qui tendait au réexamen de sa situation dans un délai de trois mois, le préfet de police n'a procédé à ce réexamen que cinq mois après la notification de ce jugement ;
- en refusant de lui délivrer une carte de résident au motif qu'il ne produisait pas les documents prouvant sa situation professionnelle, le préfet de police a ajouté une condition non prévue par l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a ainsi commis une erreur de droit ;
- en application de l'article R. 426-7 du même code, le préfet était tenu de vérifier s'il remplissait les conditions pour voir renouveler son précédent titre de séjour sur le fondement de son article L. 425-9 et en omettant de le faire, il a commis une erreur de droit et entaché sa décision d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;
- le préfet a également commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- il remplit les conditions pour se voir délivrer tant une carte de résident qu'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions lors de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Vouzellaud, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais né le 30 juin 1969, a bénéficié de titres de séjour délivrés sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de 2014 au 20 septembre 2021. Il a ensuite demandé à bénéficier d'une carte de résident et, subsidiairement, à voir son titre de séjour renouvelé. Par un arrêté du 1er février 2023, le préfet de police a refusé de faire droit à ces demandes mais, par un jugement n° 2304749 du 21 juin 2023, le tribunal administratif de Paris a annulé cette décision au motif que le préfet avait omis d'examiner la demande de délivrance d'une carte de résident. Sur injonction du tribunal, le préfet de police a réexaminé la situation de M. A et, par un arrêté du 30 novembre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, il a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.
Sur le refus de délivrance d'une carte de résident :
2. En premier lieu, la circonstance que le préfet de police ait excédé le délai qui lui était imparti par le jugement du 21 juin 2023 pour réexaminer la situation de M. A est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
3. En deuxième lieu, si le préfet a examiné d'office la possibilité de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de salarié, sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avant de conclure qu'il n'en remplissait pas les conditions, il n'a ce faisant pas ajouté de condition non prévue par la loi pour délivrer une carte de résident. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'il aurait ainsi commise doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, l'erreur commise par le préfet de police en indiquant que M. A ne s'était pas présenté au rendez-vous qui lui avait été donné à la préfecture le 26 juillet 2023, constitue une pure considération de fait sans incidence sur le sens de la décision litigieuse ni, partant, sur sa légalité.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. "
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a exercé diverses professions dans la restauration, pour des employeurs variés, à temps partiel et durant des périodes de quelques mois. Ses revenus d'activité ont ainsi été de 5 457 euros en 2020, 5 335 euros en 2021 et 9 491 euros en 2022. M. A a par ailleurs perçu des revenus de remplacement, qui lui ont permis de bénéficier de ressources globales légèrement supérieures au SMIC en 2022 et durant les premiers mois de 2023 mais qui, aux termes mêmes des dispositions précitées, doivent être exclus de l'appréciation portée par l'autorité administrative. Si les conséquences de l'épidémie de covid-19 dans le secteur de la restauration expliquent au moins partiellement ces faibles revenus, il n'en résulte pas pour autant que M. A justifie de ressources stables et régulières durant les cinq années précédant la décision attaquée. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet de police n'est, par suite, pas fondé.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2023 en tant qu'il lui refuse la délivrance d'une carte de résident.
Sur le refus de renouvellement de la carte de séjour temporaire délivrée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
8. Aux termes de l'article R. 426-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue à l'article L. 426-17 vaut demande de renouvellement du titre de séjour précédemment acquis. "
9. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a bénéficié de titres de séjour en raison de son état de santé, délivrés de 2014 au 20 septembre 2021 sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de police a refusé, le 1er février 2023, de faire droit à sa demande de renouvellement sur ce fondement, de sorte qu'il ne pouvait ignorer la situation de M. A et le réexamen de la situation de l'intéressé, sur injonction du tribunal faisant suite à l'annulation dans son intégralité de l'arrêté du 1er février 2023, devait nécessairement être fait au titre de l'article L. 425-9. Toutefois, l'arrêté litigieux ne contient aucun élément relatif à ce fondement de délivrance d'un titre de séjour. Il en résulte que le préfet de police n'a pas examiné la situation de M. A à cet égard et a ainsi méconnu l'article R. 426-7 de ce code. Pour ce motif, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire de M. A qui expirait le 20 septembre 2021, doit être annulée de même que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de ce refus.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le motif d'annulation retenu implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 novembre 2023 est annulé en tant qu'il a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire de M. A sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et dans cette attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
M. Arnaud Blusseau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
Le rapporteur,
G. CLa présidente,
A. Seulin
La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527910
Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026