lundi 15 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2329587 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2023, la société Karforma, représentée par Me Chouchana, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision de la caisse des dépôts du 10 novembre 2023 jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation ;
2°) d'enjoindre à la caisse des dépôts de procéder à son référencement sur la plateforme " moncompteformation " dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sans autre formalité, sous astreinte de 500 euros par jour de retard jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête en annulation de la décision du 10 novembre 2023 en application des article L.911-1 et L.911-3 du code de justice administrative ;
3°) d'enjoindre à la caisse des dépôts de procéder au paiement des formations qu'elle a engagées sur la plateforme " moncompteformation ", dans un délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sans autre formalité, sous astreinte de 1.000 euros par jour de retard en application des articles L.911-1 et L.911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que :
o elle ne dispose pas d'autres sources de revenus que celle de la plateforme " moncompteformation " ;
o son relevé de compte Qonto du mois de novembre 2023, accuse un solde disponible au 30 novembre déjà négatif à hauteur de 3187,62 euros ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité dès lors que :
o la procédure de contrôle est viciée en tant que :
* la phase de contrôle n'a pas été menée de façon contradictoire ;
* la lettre d'ouverture de la procédure contradictoire qui lui a été adressée le 27 septembre 2023 est un courrier stéréotypé ;
* la caisse des dépôts n'établit pas la fraude dont elle se prévaut ;
* la caisse des dépôts ne lui a laissé qu'un délai de 10 jours pour présenter des observations et tous justificatifs utiles ;
* les mesures conservatoires prononcées sont manifestement infondées et disproportionnées dès lors que la Caisse des dépôts et consignations n'a relevé aucun fait avéré suffisamment grave, révélant une pratique frauduleuse, pour justifier les mesures les plus lourdes ;
o aucun des quatre griefs avancés n'est fondé :
* les pratiques commerciales utilisées;
* les pics d'activité ;
* les programmes de formations rattachés à des titres professionnels enregistrés au RNCP ;
* les modalités d'exécution des actions démontrant la préparation aux certifications.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, la Caisse des dépôts et consignations représentée par Me Nicolas Nahmias du cabinet Adden avocats conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Karforma.
Elle soutient que :
- l'urgence n'est pas caractérisée ;
- aucun doute sérieux n'entache la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 27 décembre 2023 sous le numéro 2329589 par laquelle la société Karforma demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gracia, vice-président de la 3e section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Yahiaoui, greffière d'audience, M. Gracia a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Chouchana, pour la société Karforma ;
- les observations de Me Guéna pour la Caisse des dépôts et consignations.
Considérant ce qui suit :
1. La société Karforma, immatriculée au greffe du tribunal de commerce de Marseille le 04 août 2022, est un organisme de formation qui propose différentes formations, exclusivement par l'intermédiaire de la plateforme " moncompteformation ". Le 27 septembre 2023, la Caisse des dépôts et consignations lui a adressé un courrier l'informant de l'ouverture d'une période contradictoire à son encontre, en application des dispositions de l'article 13 des conditions générales d'utilisation de la plateforme, et de sa décision de prononcer à son encontre les mesures provisoires de déréférencement de la plateforme et de suspension des paiements pour les formations effectuées ou en cours. Par un courrier du 6 octobre 2023, la société Karforma a répondu aux griefs soulevés et a apporté différents éléments de justification. Par une décision du 10 novembre 2023, la société Karforma a fait l'objet d'une décision définitive de sanction de la Caisse des dépôts et consignations, d'une part, prononçant le déréférencement de l'organisme de formation pour une durée de 4 mois, et, d'autre part, lui demandant de rembourser des sommes versées pour des formations ayant fait l'objet d'une prise en charge, et, enfin, l'informant du non-paiement des sommes normalement dues pour les formations en cours. Par la présente requête, la société Karforma demande la suspension de l'exécution du 10 novembre 2023.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision du 10 novembre 2023, la société Karforma soutient qu'elle exerce exclusivement sur la plateforme " moncompteformation " et que la sanction a pour effet de la priver de toute rentrée financière dans un contexte où elle a déjà pâti des effets financiers de la mesure conservatoire du
27 septembre 2023 la déréférençant et elle verse un extrait de relevé de son compte Qonto du mois de novembre 2023 qui indique un solde négatif à hauteur de 3 187,62 euros.
5. Toutefois, d'une part, aucun élément n'est fourni quant au montant exact des ressources financières dont la société Karforma ne pourra bénéficier ni quant au montant des charges fixes qu'elle devrait supporter en l'absence de toute activité dès lors notamment qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle devrait rémunérer des salariés permanents. D'autre part, aucun élément n'est davantage fourni quant aux soutiens financiers dont la société Karforma pourrait bénéficier dès lors qu'il n'est pas établi, ni même allégué, que les associés de la société Karforma, dont le nombre et l'identité ne sont d'ailleurs pas précisés, ne pourraient pas continuer à apporter leur soutien financier à la société alors même qu'elle est déréférencée depuis le mois de septembre 2023 et qu'ils l'ont soutenue jusqu'à présent. Enfin, il est constant que la société n'a saisi le juge des référés par une requête du 27 décembre 2023 alors qu'elle ne conteste pas avoir eu connaissance le jour même de la décision du 10 novembre 2023.
6. Dans ces conditions, la société Karforma n'établit pas, en l'état de l'instruction, que la décision du 10 novembre 2023 préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts et qu'en particulier, qu'elle se trouverait dans une situation d'urgence financière telle que sa pérennité serait en danger à très court terme. Par suite, la condition d'urgence n'étant pas justifiée, les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées par la société Karforma doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. La Caisse des dépôts et consignations n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu, de rejeter les conclusions de la société requérante aux fins d'applications des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Karforma la somme de 1 500 euros à verser à la Caisse des dépôts et consignations au titre desdites dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de société Karforma est rejetée.
Article 2 : La société Karforma versera à la Caisse des dépôts et consignations la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Karforma et à la Caisse des dépôts et consignations.
Fait à Paris, le 15 janvier 2024.
Le juge des référés,
J-Ch. GRACIA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.