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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2329609

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2329609

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2329609
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 12 janvier 2024, M. B A, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes et représenté par Me Berdugo, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire du préfet de police du 26 décembre 2023 ainsi que l'interdiction de retour sur le territoire du même jour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, de réexaminer sa situation administrative et de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut d'information sur l'admission au séjour sur un autre fondement que l'asile ;

- elle viole le droit d'être entendu et de présenter des observations avant l'édiction de la mesure ainsi que le principe du contradictoire ;

- la preuve de la notification de la décision de rejet d'asile n'est pas rapportée par le préfet de police ;

- la décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision lui faisant interdiction de retour :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle viole l'article 8 de la CEDH et l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de police a présenté des pièces, enregistrées le 11 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du président du tribunal désignant Mme Lambert, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambert,

- les observations de Me Berdugo, représentant M. A, assisté de M. C interprète en langue bengalie, qui conclut à l'annulation tant de l'obligation de quitter le territoire français qu'à celle des décisions accessoires, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A ;

- et les observations de Me Dussault, avocat du préfet de police, qui indique qu'il s'en rapporte s'agissant du droit au séjour de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais, né le 12 février 1991, a fait l'objet le 26 décembre 2023 d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. Par un arrêté du même jour, le préfet de police a fait interdiction de retour à M. A sur le territoire français pendant un délai de douze mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". En outre, aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), jusqu'à la lecture publique de la décision ou, lorsque la Cour a statué par ordonnance, jusqu'à la notification de celle-ci.

4. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que la décision de refus d'asile prononcée par l'OFPRA a été confirmée par une décision du 9 novembre 2023 de la CNDA notifiée le 30 novembre 2023. M. A soutient qu'il n'a pas reçu comme mentionné dans l'arrêté attaqué la notification de la décision de la CNDA, rejetant définitivement sa demande d'asile. Le tribunal a effectué une mesure d'instruction tendant à la production de la fiche " Telemofpra " par courrier du 12 janvier 2024. Le préfet de police n'a pas produit la pièce demandée, ni même aucun élément permettant d'établir l'existence d'une décision lue en audience publique ou notifiée. Dans ces conditions, en l'absence de preuve apportée par le préfet de police de la notification de la décision de rejet définitif de sa demande d'asile, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de préfet de police, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qu'il précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 décembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, les décisions du même jour portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6.Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

7. M. A étant titulaire d'une attestation de demandeur d'asile l'autorisant à demeurer légalement sur le territoire national jusqu'à la fin de la procédure d'examen de sa demande d'asile, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet de police de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Les décisions du préfet de police du 26 décembre 2023 sont annulées.

Article 2 : l'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 12 janvier 2024.

La magistrate désignée,

F. Lambert

La greffière,

D. Migeon

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2329609 /8

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