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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2400045

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2400045

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2400045
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantPARTOUCHE-KOHANA STÉPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée les 1er janvier et 25 février 2024, M. B A, représenté par Me Partouche-Kohana, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans les quinze jours de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou subsidiairement de lui enjoindre de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

-Le refus de séjour est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen des circonstances de l'espèce, faute de mentionner la présence de l'intéressé en France depuis 2016 et les justificatifs qu'il a produits pour l'établir ;

-Il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé qui a tissé des liens amicaux, sociaux et professionnels en France depuis 2016, où il travaille comme agent d'entretien et où réside son frère ;

-Il méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se fondant sur les liens familiaux de l'intéressé dans son pays d'origine ;

-L'obligation de quitter le territoire français est illégale car fondée sur un refus de séjour illégal ;

-Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme car il n'est pas retourné au Mali depuis 2016 ;

-La fixation des pays de destination est illégale car fondée sur un refus de séjour et une obligation de quitter le territoire français illégaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 février et 15 mars 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

9 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossholz,

- et les observations de Me Partouche-Kohana, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 10 mars 1977 à Dindinaye, ressortissant du Mali, a demandé son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 6 septembre 2023, le préfet de police lui a opposé un refus et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé les pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.

Sur le refus d'admission au séjour :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En l'espèce, le préfet de police a exposé dans l'arrêté attaqué les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour refuser l'admission au séjour de M. A. Contrairement à ce que soutient ce dernier, le préfet n'était pas tenu de mentionner les justificatifs produits pour établir la présence de l'intéressé en France depuis 2016, allégation dont le préfet a d'ailleurs fait état dans l'arrêté, dès lors que celle-ci, à la supposer même établie, ne serait pas de nature à justifier à elle seule l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen des circonstances de l'espèce ne peuvent donc qu'être écartés.

4. Aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Si M. A soutient résider en France depuis 2016 et y être inséré socialement et professionnellement notamment par son travail comme agent d'entretien entre 2017 et le mois d'août 2021, ces circonstances ne justifient pas à elles seules une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées, alors notamment que le requérant ne justifie pas avoir exercé une activité professionnelle postérieurement à cette époque et à la date de l'arrêté attaqué. Il en résulte qu'en refusant de l'admettre au séjour sur ce fondement, le préfet de police n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. En se bornant à invoquer les liens qu'il aurait noués à l'occasion de son séjour et de son travail illégaux en France respectivement depuis 2016 et entre 2017 et août 2021 et la circonstance que l'un de ses frères résiderait dans ce pays, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales à l'étranger où il est constant qu'il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 39 ans et où il a déclaré avoir deux frères et deux sœurs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police, en refusant de l'admettre au séjour, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il résulte de la lettre même des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet pouvait légalement retenir cette circonstance relative à ses attaches familiales dans son pays d'origine.

8. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être mentionnés, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, et nonobstant la circonstance que le requérant ne serait pas retourné au Mali depuis 2016, l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Sur l'exception d'illégalité commune à l'obligation de quitter le territoire français et à la fixation du pays de destination :

10. Le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégaux, les exceptions d'illégalité de ces décisions ne peuvent qu'être écartées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Partouche-Kohana et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 3 avril 2024.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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