lundi 15 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2400102 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | JOUANIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2024 et un mémoire en production de pièce complémentaire enregistré le 12 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Dandan, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 1er décembre 2023 par laquelle l'institut d'études judiciaires (IEJ) de l'université de Paris II Panthéon-Assas, l'a ajournée à l'examen d'entrée au centre régional de formation professionnelle des avocats (CRFPA) ;
2°) d'enjoindre à l'IEJ de l'université Paris II Panthéon-Assas de réorganiser, dans des conditions régulières, une nouvelle épreuve orale d'admission autour de la protection des libertés et des droits fondamentaux, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à l'IEJ de l'université Paris II Panthéon-Assas de procéder à une double correction et une harmonisation des notes de ses copies, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'IEJ de l'université Paris II Panthéon-Assas la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que la décision litigieuse fait obstacle à son inscription à l'école de formation des barreaux et à la poursuite de son projet professionnel en tant qu'avocate ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tirée de l'irrégulière composition du jury ;
- elle méconnaît l'article 7 de l'arrêté du 17 octobre 2016 fixant le programme et les modalités d'accès au CRFPA, dès lors, d'une part, que la publicité de l'épreuve orale n'a pas été garantie, et d'autre part, que certaines questions posées au cours de l'entretien étaient sans lien avec le programme du concours ;
- elle méconnaît les dispositions combinées des articles 3 et 4 de l'arrêté du 17 octobre 2016 précité permettant de garantir l'impartialité des membres du jury et l'égalité de traitement des candidats, dès lors que l'un des membres du jury a également dispensé des enseignements à l'IEJ Paris II Panthéon-Assas la même année.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, l'université Paris II Panthéon-Assas conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 3 janvier 2024 sous le numéro 2400103 par laquelle
Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bachoffer pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 12 janvier 2024 en présence de Mme Ramphort, greffière d'audience :
- le rapport de M. Bachoffer, juge des référés ;
- les observations de Me Dandan pour Mme A et celles de Me Jouanin pour l'université Paris II Panthéon-Assas qui soulève à l'audience la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête dès lors qu'elle demande la suspension des résultats et non la suspension de la décision en tant qu'elle ajourne Mme A ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, étudiante, a été ajournée par décision du 1er décembre 2023, à l'examen d'entrée au centre régional de formation professionnelle des avocats (CRFPA) organisé pour la session 2023 par l'université Paris II Panthéon-Assas, avec la moyenne de 9,68/20 à l'ensemble des épreuves d'admissibilité et d'admission. Par la présente requête,
Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par les requérants, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, Mme A soutient que la décision l'ajournant à l'examen d'entrée du CRFPA a pour conséquence d'empêcher son inscription à l'école de formation des barreaux, dont la rentrée a lieu en janvier 2024, faisant ainsi obstacle à la poursuite de son projet professionnel en tant qu'avocate, tout en la privant d'une de ses trois chances de présenter cet examen. Eu égard aux considérations particulières invoquées par la requérante et en l'absence de mention par le défendeur de circonstances qui seraient de nature à perturber significativement l'organisation de la formation à l'école de formation des barreaux, la décision litigieuse doit être regardée comme portant une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de Mme A. La condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est donc remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Pour solliciter la suspension de la décision attaquée, Mme A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que le secrétaire général de l'IEJ de la faculté de droit de l'université Paris II Panthéon-Assas était incompétent pour signer la décision du 1er décembre 2023, que l'université ne justifie pas de la composition régulière du jury d'examen, que les articles 3 et 4 de l'arrêté du 17 octobre 2016 fixant le programme et les modalités d'accès au CRFPA ont été méconnus dès lors que l'un des membres du jury a également dispensé des enseignements à l'IEJ Paris II Panthéon-Assas la même année, qu'enfin, l'article 7 du même arrêté a été méconnu dès lors, d'une part, que la publicité de l'épreuve orale n'a pas été garantie, et d'autre part, que certaines questions posées au cours de l'entretien étaient sans lien avec le programme du concours.
6. Toutefois, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, ces moyens, en l'état de l'instruction, ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la délibération litigieuse. Notamment, si Mme A se prévaut de la méconnaissance de l'article 7 de l'arrêté du 17 octobre 2016, prévoyant que l'épreuve orale d'exposé-discussion se déroule en séance publique, elle ne justifie pas, par les pièces produites à l'instance, que du public se serait présenté pour assister à son oral et se serait vu refuser l'accès à la salle d'examen.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à l'université Paris II Panthéon-Assas.
Fait à Paris le 15 janvier 2024
Le juge des référés,
B. BACHOFFER
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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