samedi 6 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2400165 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Ducassoux, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de police de le convoquer pour enregistrer sa demande de renouvellement de carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en lui délivrant le récépissé de sa demande pour le 5 janvier 2024 au plus tard sous astreinte de 200 euros par heure de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie car son employeur lui a demandé le 4 janvier 2024 de justifier la régularité de son séjour et dès lors en outre qu'il a fait des démarches pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour ;
- les dysfonctionnements du service d'accueil des étrangers, qui privent l'intéressé de la possibilité de justifier de sa situation régulière, portent de façon manifestement illégale gravement atteinte à la liberté d'entreprendre et de travailler, à la liberté d'aller et de venir et au droit au respect de la vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Jean-Paul Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Le préfet de police soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'y a pas d'atteinte grave ni manifestement illégale à la liberté d'aller et de venir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Nguyen, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport et entendu les observations de Me Ducassoux.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
2. M. A B, ressortissant péruvien né le 8 octobre 1993, entré en France en août 2018, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire " étudiant " du 5 novembre 2019 au 4 novembre 2020, et après avoir obtenu un master de musicologie à l'université de Lyon 2 en décembre 2020, a bénéficié de titres de séjour mention " vie privée et familiale " dont le second expirait le 29 novembre 2023, en qualité de conjoint de Français s'étant marié le 4 septembre 2021 à une ressortissante française. Ayant signalé sa nouvelle adresse sur Paris, il a été informé le 28 août 2023 que son titre de séjour avait été réédité et qu'il devait prendre rdv pour le récupérer. Il devait également présenter une demande de renouvellement avant le 29 septembre 2023. Le 18 octobre 2023 il n'a obtenu pour récupérer son titre modifié qu'un rendez-vous le 8 décembre 2023 soit après l'expiration du titre de séjour à renouveler. Il s'est toutefois rendu à ce rendez-vous mais a été informé que le titre périmé avait été détruit. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de mettre fin à l'atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et son droit au travail résultant de l'impossibilité à défaut de récépissé de pouvoir justifier de sa situation régulière sur le territoire national.
3. Alors qu'il était encore couvert par son ancien titre de séjour, M. B a conclu le 2 novembre un CDI avec la société OBO qui l'emploie comme agent d'accueil. D'une part, son employeur lui a demandé le 4 janvier 2024 de justifier d'un récépissé, ce qui implique le risque de perdre son emploi à très brève échéance s'il ne le produit pas d'autant que la société ferait l'objet d'un contrôle. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la situation de M. B est due au dysfonctionnement de la plateforme informatique et le manque de rendez-vous disponibles pour l'accueil des étrangers au guichet de la préfecture, alors par ailleurs qu'il a fait diligence par de nombreuses démarches dont des tentatives de connexion, des recours contentieux. Il a aussi demandé au préfet de police un rendez-vous par lettre recommandée avec accusé de réception reçue le 27 novembre 2023. Dans ces conditions eu égard au risque de perdre son emploi à très brève échéance et aux difficultés administratives rencontrées pour récupérer son titre de séjour réédité à sa nouvelle adresse puis pour déposer sa demande de renouvellement, la condition d'urgence à statuer à quarante-huit heures, prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est suffisamment justifiée en l'espèce.
4. Le requérant ayant le droit de déposer une demande de renouvellement de titre de séjour lui permettant de se voir délivrer un récépissé justifiant de sa situation régulière sur le territoire national jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande, le préfet de police a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales du droit d'accès au service public, à la liberté d'aller et venir et au droit au travail. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de convoquer M. B pour enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de recevoir en conséquence un récépissé si le dossier est réglementairement complet, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à M. B la somme de 1500 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de convoquer M. B pour enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de recevoir en conséquence un récépissé si le dossier est réglementairement complet, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de police.
Fait à Paris, le 6 janvier 2024.
Le juge des référés,
L. Gros
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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