lundi 22 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2400319 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET LAPISARDI AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 18 janvier 2024, la société Welkit, représentée par Me Lapisardi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, à titre principal :
1°) d'enjoindre, avant dire droit, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, de porter sans délai à sa connaissance, concernant le lot n° 1 " étuis à port apparent " de la procédure de passation relative à l'acquisition d'étuis pour armes et de ceinturons au profit des agents du ministère de l'Intérieur et du ministère de l'Économie et des finances, les notes obtenues par la société Rivolier par critères et sous-critères et les motifs détaillés justifiant les notes attribuées à la société Rivolier ;
2°) de suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du lot n° 1 ;
3°) d'annuler la décision du 26 décembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son offre comme irrégulière pour le lot n° 1 et la décision par laquelle le ministre a attribué le lot n° 1 à la société Rivolier ;
4°) d'ordonner au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reprendre la procédure au stade de l'analyse des offres, de réintégrer son offre et de rejeter celle de la société Rivolier pour irrégularité et de procéder à un nouvel examen des offres ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
A titre subsidiaire, si le marché était considéré comme un marché de défense et de sécurité, elle conclut aux mêmes fins à l'exception des conclusions en annulation.
Elle soutient que :
- elle n'a pas été informée des motifs qui ont conduit le ministre de l'intérieur et des outre-mer à choisir l'offre de la société Rivolier en méconnaissance des dispositions de l'article
R. 2181-3 du code de la commande publique ;
- son offre est régulière contrairement à ce que mentionne le courrier de rejet de son offre ; la sortie d'une arme d'un étui à rétention comporte d'abord un déverrouillage du système de rétention et ensuite la traction sur la poignée de l'arme ; il est toujours nécessaire d'actionner le système de rétention avant de dégainer ; l'étui proposé est conforme aux dispositions des articles 3.7.2 et 3.7.3 du cahier des clauses techniques particulières ;
- l'offre de la société Rivolier est irrégulière dès lors que l'étui qu'elle propose ne respecte pas les exigences de l'article 3.7.7 du cahier des clauses techniques particulières ; l'ouverture de l'étui ne se fait pas dans le même mouvement que celui de la préhension de la poignée du pistolet.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 18 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Lapisardi, représentant la société Welkit et M. B, gérant de la société Welkit, de M. C, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer et de M. A, représentant la société Rivolier.
A l'audience :
- la société Welkit a indiqué abandonner les conclusions subsidiaires présentées ;
- Une vidéo a été projetée, à la demande de la société Welkit, sur le modèle de l'étui à rétention proposé par la société Rivolier ;
- des démonstrations sur les modèles d'étuis proposés par les sociétés Welkit et Rivolier ont été faites par les services du ministère de l'intérieur et des outre-mer.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis de marché publié au Bulletin officiel des annonces de marchés publics le 28 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert relative à l'acquisition d'étuis pour armes et de ceinturons au profit des agents du ministère de l'intérieur et du ministère de l'Économie et des finances, composée de quatre lots. La société Welkit a présenté une offre pour le lot n° 1 " étuis à port apparent " qui a été rejetée par décision
du 26 décembre 2023. Par la présente requête, la société Welkit demande l'annulation de la procédure de passation au stade de l'analyse des offres.
Sur les conclusions tendant à enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de suspendre toute décision se rapportant à la passation du lot n° 1 :
2. Aux termes de l'article L. 551-4 du code de justice administrative : " Le contrat ne peut être signé à compter de la saisine du tribunal administratif et jusqu'à la notification au pouvoir adjudicateur de la décision juridictionnelle ". Il en résulte que les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de suspendre toute décision se rapportant à la passation du lot n°1 sont dépourvues d'objet.
Sur les conclusions en annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / () ". L'article L. 551-10 du même code dispose que : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat () et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".
En ce qui concerne la régularité des offres des sociétés Welkit et Rivolier :
4. Aux termes de l'article R. 2152-1 du code de la commande publique : " Dans les procédures adaptées sans négociation et les procédures d'appel d'offres, les offres irrégulières, inappropriées ou inacceptables sont éliminées. // ".
5. Aux termes de l'article F1 Définition du cahier des clauses techniques particulières :
" // La finalité d'un étui à rétention est une sortie d'arme facile et rapide par l'opérateur mais difficile à arracher par un tiers hostile grâce à un mécanisme de retenue. ". Aux termes de l'article F 3.7 : sécurité du même cahier : " Exigence 3.7.2 (I) : L'opérateur doit pouvoir sortir son arme à tout moment. Le système de rétention est accessible et fonctionne dans toutes les configurations lorsqu'il est actionné par l'opérateur. / Exigence 3.7.3 (I) : L'étui permet une riposte rapide. Par conséquent, il doit être possible de sortir l'arme et de tirer une cartouche dans un délai de 3 secondes maximum à compter de la constatation du danger. / Exigence 3.7.4 (I) : L'arme peut être remise en sécurité rapidement dans son étui et l'opérateur peut en contrôler le verrouillage sans avoir à dévier son regard de l'action en moins de 3 secondes. / Exigence 3.7.5 (I) : L'ensemble des manipulations (y compris le verrouillage de l'arme) se fait d'une seule main et sans avoir à regarder l'étui afin de ne pas troubler la vigilance de l'opérateur. / Exigence 3.7.6 (I) : Par mesure de sécurité, la conception de l'étui limite lors du dégainé ou du rengainé, le risque que l'index ne se retrouve sur la détente de l'arme. / Exigence 3.7.7 (I) : L'ouverture de l'étui doit se faire dans le même mouvement que la préhension de la poignée du pistolet afin de permettre une prise en main correcte et une riposte rapide et précise. ".
S'agissant de l'offre de la société Welkit :
6. Il résulte de l'instruction et, notamment des termes de la lettre du 26 décembre 2023, que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a considéré que l'offre de la société Welkit n'était pas régulière dès lors que " l'extraction de l'arme n'[était] pas toujours possible en fonction de l'ordre dans lequel l'opérateur actionne le mécanisme de déverrouillage ". Si la société Welkit reconnaît que l'utilisation de l'étui qu'elle propose impose, pour sortir une arme, de déverrouiller le système de rétention puis d'effectuer une traction sur la poignée de l'arme, ce qui est d'ailleurs confirmé par la démonstration faite lors de l'audience par les services du ministre de l'intérieur et des outre-mer, elle soutient que l'étui proposé respecte les stipulations du cahier des clauses techniques particulières du marché. Toutefois, l'étui proposé contrevient aux stipulations de l'article 3.7.2 du cahier des clauses techniques particulières dès lors qu'il n'est pas possible pour l'opérateur de sortir son arme à tout moment dans toutes les configurations du système de rétention. Si la société Welkit fait valoir que le terme " configurations " renvoie à la position de l'arme sur le corps de l'opérateur, à savoir à la ceinture, sur la hanche, sur la cuisse ou à gauche, à droite en se prévalant des réponses apportées aux questions posées par les candidats en cours de consultation, aucune de ces réponses ne se rapporte à l'article 3.7.2 du cahier des clauses techniques particulières. Dans ces conditions, la société Welkit n'est pas fondée à soutenir que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son offre comme irrégulière.
7. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du même code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. / () ". Aux termes de l'article R. 2181-4 du même code : " A la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande : / / 2° Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue ".
8. La société requérante soutient que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a manqué à ses obligations en matière d'information des candidats évincés en omettant de l'informer des motifs qui ont conduit au choix de l'offre retenue pour l'attribution du marché en litige ainsi que de ses caractéristiques et de ses avantages. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'en cours d'instruction, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a transmis les notes obtenues par la société Rivolier, attributaire du marché. L'offre de la société Welkit étant irrégulière, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'avait pas à lui communiquer les caractéristiques et les avantages de l'offre de la société Rivolier. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 2181-3 et R. 2181-4 du code de la commande publique doit, par suite, être écarté.
S'agissant de l'offre de la société Rivolier :
9. La circonstance que l'offre du concurrent évincé, auteur du référé précontractuel, soit irrégulière ne fait pas obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir de l'irrégularité de l'offre de la société attributaire du contrat en litige.
10. La société Welkit fait valoir que l'offre de la société Rivolier est irrégulière dès lors qu'elle ne respecte pas les stipulations de l'article 3.7.7 qui prévoient que : " l'ouverture de l'étui doit se faire dans le même mouvement que la préhension de la poignée du pistolet afin de permettre une prise en main correcte et une riposte rapide et précise. ". Il résulte de l'instruction, et notamment de la fiche technique de l'étui proposé par la société Rivolier et de la démonstration effectuée à l'audience, que d'une part, la rétention est faite au-dessus de l'arme par un arceau rotatif qui est débloqué avec le pouce par appui et bascule vers l'avant et que, d'autre part, pour dégainer, il faut exercer une pression vers l'arrière sur l'insert polymère positionné à l'intérieur de l'étui. Ainsi la société Welkit est fondée à soutenir que le mouvement, vers l'arrière, nécessaire pour dégainer ne se fait pas dans le même mouvement que celui, vers l'avant, pour ouvrir l'étui et que l'offre de la société Rivolier est, dès lors, irrégulière.
11. Il résulte de tout ce que précède que la procédure de passation du lot n° 1 doit être annulée au stade de l'analyse des offres. Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions subsidiaires de la société Welkit qui a déclaré à l'audience les abandonner.
Sur les autres conclusions :
12. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer souhaite reprendre la procédure au stade de l'analyse des offres, il doit exclure les offres des sociétés Welkit et Rivolier.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Welkit sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La procédure de passation du lot n° 1 " étuis à port apparent " de la procédure de passation relative à l'acquisition d'étuis pour armes et de ceinturons au profit des agents du ministère de l'Intérieur et du ministère de l'Économie et des finances est annulée.
Article 2 : l'Etat peut reprendre la procédure de passation du lot n° 1 " étuis à port apparent " de la procédure de passation relative à l'acquisition d'étuis pour armes et de ceinturons au profit des agents du ministère de l'Intérieur et du ministère de l'Économie et des finances au stade de l'analyse des offres en excluant les offres des sociétés Welkit et Rivolier.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Welkit, à la société Rivolier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Paris, le 22 janvier 2024.
Le juge des référés,
M.-O. Le Roux
La greffière,
F. Rajaobelison
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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