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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2400331

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2400331

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2400331
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 5 janvier et le 15 février 2024, M. A B, représenté par Me Morel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a assorti cette décision d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de ce réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de consultation par le préfet de la commission du titre de séjour, alors qu'il établit sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans ;

- la procédure devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulière dès lors que la régularité des signatures électroniques apposées sur l'avis du collège de l'OFII n'est pas établie et il n'est pas possible de vérifier l'existence et les mentions du rapport du médecin de l'OFII, sa transmission au collège des médecins pour avis ainsi que la compétence du médecin ayant rédigé le rapport médical ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9, L. 611-3 9°, L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 412-5, L. 612-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 février et 12 mars 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une décision du 10 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Errera,

- et les observations de Me Morel représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né le 2 janvier 1980, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable d'avril 2022 à avril 2023 portant la mention " vie privée et familiale ". Le 14 avril 2023, il a sollicité le renouvellement de ce titre auprès des services de la préfecture de police et s'est vu remettre plusieurs récépissés dont le dernier était valable jusqu'au 2 février 2024. Par un arrêté du 27 novembre 2023, le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. M. B produit à l'appui de sa requête de nombreuses pièces concordantes, précises et diversifiées, parmi lesquelles figurent notamment des documents administratifs, des documents médicaux, en particulier ceux qui se rapportent au suivi médical dont il bénéficie depuis le mois de mars 2009 au groupe hospitalier universitaire Paris Psychiatrie et neurosciences au titre de ses troubles psychotiques chroniques, ainsi que du suivi médico-social dont il bénéficie également depuis le mois d'octobre 2011. Il justifie ainsi de sa résidence habituelle et continue en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Ainsi, M. B est fondé à soutenir qu'en ne saisissant pas pour avis la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police a entaché sa décision d'un vice de procédure, lequel est de nature à le priver d'une garantie. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision attaquée du 27 novembre 2023 prise à l'encontre de M. B est entachée d'illégalité et doit, dès lors, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que l'administration réexamine la demande de titre de séjour de M. B, en soumettant sa demande pour avis à la commission du titre de séjour. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement et de délivrer au requérant, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a en revanche pas lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros à verser à Me Morel en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Morel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 27 novembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Morel une somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Morel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Morel et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme de Saint Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

Le rapporteur,

A. ERRERALe président,

J. SORIN

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400331/2-

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