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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2400366

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2400366

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2400366
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 et 18 janvier 2024, M. D C, représenté par Me Trojman, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 7 décembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, sur le fondement des articles L. 911-1 et suivants du code de la justice administrative, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ; en l'absence de titre de séjour, il ne pourra se pré-inscrire en février prochain en Master alors qu'il a présenté sa demande de titre de séjour et l'employeur pour lequel il travaille dans le cadre de sa formation en alternance lui demande de justifier de la régularité de son séjour ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; elle est entachée d'un défaut de motivation ; elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ; elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il demande la jonction de sa requête en référé suspension et de sa requête au fond.

La requête a été communiquée au préfet de police qui a produit une pièce, enregistrée le 21 janvier 2024.

Vu :

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2400249 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 janvier 2024 à 11heures 00, tenue en présence de Mme Louart, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Aubert,

- les observations de Me Trojman représentant M. A C qui ajoute que, eu égard notamment à l'excellence de son parcours scolaire et universitaire, la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé, la circonstance qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement ne fait pas obstacle à la délivrance ultérieure d'un titre de séjour ;

- et les observations de Me Zerad pour le préfet de police qui conclut au rejet de la requête et se prévaut de l'inexécution d'une mesure d'éloignement notifiée.

La clôture de l'instance a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant tunisien né le 14 février 2002 et entré en France le 10 avril 2017, a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour le 25 avril 2022. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 7 décembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de faire droit à cette demande après avoir joint cette requête avec celle qu'il a présentée au fond.

Sur la jonction :

2. La présente requête en référé suspension et la requête n° 2400249 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée n'ont pas fait l'objet d'une instruction commune et sont soumises à des règles de procédure et de fond distinctes. En outre, la procédure en référé a pour finalité de statuer en urgence dans l'attente du jugement ultérieur de la requête au fond. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de jonction de ces deux requêtes de M. A C.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. Il résulte de l'instruction que M. A C, devenu majeur le 14 février 2020, a demandé le bénéfice de son admission exceptionnelle au séjour par une demande dont la préfecture de police a accusé réception le 25 avril 2022, a été informé par un courriel du 7 avril 2023 que cette demande avait fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 25 août suivant et s'est vu ensuite notifier une décision expresse de rejet le 7 décembre 2023 qui le prive de la possibilité d'engager utilement une procédure d'inscription en Master qui débute en février et lui permettra de s'inscrire à partir du 22 mars 2024, faute de pouvoir justifier de la régularité de son séjour en France. Il résulte également de l'instruction que, dans le cadre de la licence de sciences et technologie à laquelle il est inscrit au titre de l'année universitaire 2023/2024, il a conclu une convention de stage d'une durée de huit mois à compter du 25 septembre 2023 avec un employeur et que celui-ci vient à nouveau de lui demander, par un courrier du 14 décembre 2023, de justifier de la régularité de sa situation sur le territoire français. Dans ces conditions, eu égard en outre au retard avec lequel une réponse expresse a été apportée, le 7 décembre 2023, à sa demande de titre de séjour reçue au plus tard le 25 avril 2022, la condition d'urgence est remplie.

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de titre de séjour présentée au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'absence d'examen sérieux de la situation de M. A C, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation du demandeur, invoquée à l'audience, sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension est demandée alors même que le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, à une date au demeurant non précisée, après son entrée en France le 10 avril 2017.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre la décision du 7 décembre 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté la demande de titre de séjour de M. A C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

9. La présente ordonnance, eu égard à ses motifs, implique nécessairement que le préfet de police réexamine la situation de M. A C et lui délivre le temps de cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de cet examen, de la munir d'une autorisation provisoire au séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A C de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de police du 7 décembre 2023 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A C dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A C la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 23 janvier 2024.

La juge des référés,

S. AUBERT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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