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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2400667

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2400667

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2400667
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 12 - Chambre 3 - OQTF 6 semaines
Avocat requérantCABINET GARCIA AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 5 avril 2024, M. B A, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet de police lui a notifié une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;

3°) d'annuler la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet de police, dans un délai de deux mois faisant suite à la notification du présent jugement, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Garcia, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la l'article 8 de la CESDH ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête de M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Duchon-Doris,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 4 juillet 1994, entré en France en octobre 2022, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du 18 mars 2023, devenue définitive. Par un arrêté du 9 janvier 2024, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux dernières décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 12 mois :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige comporte des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il vise en effet le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 6° du I de l'article L. 511-1 sur le fondement duquel il a été pris et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Il précise en outre les éléments de faits pertinents relatifs à la situation personnelle de M. A, notamment que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé sa demande d'asile, et que cette décision a été confirmée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile. Il relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale et que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté et le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation manquent en fait et doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Ainsi, il résulte des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 6° du I de l'article L. 511-1 où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit de l'intéressé d'être entendu n'impose alors pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi de bénéfice de la protection subsidiaire. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A aurait été privé du droit d'être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 4 octobre 2018, qu'il est célibataire, sans enfant à charge et qu'il ne justifie pas d'attaches personnelles en France d'une particulière intensité. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. A.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

6. Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Le requérant soutient qu'il sera soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il ne verse au soutien de ses allégations que des éléments antérieurement produits devant la Cour nationale du droit d'asile et qui ne constituent donc pas des éléments nouveaux. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard desdites dispositions et stipulations, doivent être rejetés.

Sur les autres conclusions de la requête :

8. Le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A implique le rejet de ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que de ses conclusions fondées sur les dispositions de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Garcia et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le président,

J-C. Duchon-DorisLa greffière,

J. TixierLe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400667/12-3

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