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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2400719

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2400719

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2400719
TypeDécision
Avocat requérantBARTHOD-COMPANT LA FONTAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, Mme B A, représentée par

Me Jeanne Barthod, doit être regardée comme demandant au juge des référés :

1°) de l'admettre l'admission au titre de l'aide juridictionnelle provisoire et de désigner de Me Jeanne Barthod ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 11 septembre 2023, par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé l'octroi des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil de dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut qu'il lui soit enjoint de réexaminer sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil à la lueur de la décision du tribunal et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard conformément aux articles L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat à verser à Me Jeanne Barthod la somme de 1 500 Euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, lequel prévoit que le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie succombant, à payer à l'autre partie, la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en tenant compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée du fait de son état de particulière vulnérabilité psychologique et qu'elle a présenté une demande d'asile en raison des craintes liées à son orientation sexuelle si elle devait retourner en RDC ;

- il est porté atteinte à son droit d'asile en tant que la décision méconnaît l'obligation positive pour les Etats en matière d'accueil des demandeurs d'asile qui doit être garantie par les autorités nationales compétentes :

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors que

o la décision implicite n'est pas motivée ;

o la décision a été prise en l'absence d'examen préalable et particulier de sa situation;

o la décision a été prise alors qu'elle est vulnérable ainsi que le montrent plusieurs certificats médicaux.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 11 janvier 2024 sous le numéro 2400718 par laquelle

Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gracia, vice-président de la 3e section, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la portée du litige :

1. Si Mme A intitule sa requête devant le juge des référés " référé suspension ", d'une part, elle se borne à citer dans ses écritures l'article L. 521-2 du code de justice administrative qui est relatif au référé liberté et ne vise d'ailleurs que des jurisprudences rendues pour l'application de cet article ; d'autre part, elle ne cite jamais l'article L. 521-1 du même code, qui est relatif au référé suspension ; enfin, elle se réfère à une atteinte grave et manifestement illégale portée au droit d'asile. Dans ces conditions l'ensemble de sa requête doit être regardée comme présentant le caractère d'un référé liberté, alors même qu'elle a introduit une requête au fond, ce qui ne permet pas d'exclure cette qualification. Dès lors, il y a lieu de considérer que Mme A demande en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de la décision née du recours qu'elle a formé le 28 septembre 2023 contre la décision du 10 septembre 2023 lui refusant les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tenant à l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée ", sans instruction ni audience publique.

3. Il appartient au requérant, qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de justifier de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. Mme B A, ressortissante congolaise né le 1er avril 2002 à Kinshasa (RDC), est entrée sur le territoire français en mars 2023 et a présenté une demande d'asile enregistrée le 5 septembre 2023. Par une décision du 11 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait déposé sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée sur le territoire. Mme A a ensuite formé le 28 septembre 2023 un recours administratif préalable contre cette décision dont elle demande la suspension de l'exécution par la présente requête. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que si Mme A s'est vu refuser par l'OFII le 11 septembre 2023 les conditions matérielles d'accueil, elle n'a formé son recours administratif préalable contre cette décision que le 28 septembre 2023 et n'a saisi le juge des référés que le 11 janvier 2024. D'autre part, elle n'établit pas par les pièces produites une vulnérabilité telle qu'elle implique qu'il soit statué en quarante-huit heures sur la requête. Dans ces conditions, Mme A ne justifie pas, en l'état de l'instruction, d'une situation d'urgence particulière telle que requise par l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'atteinte grave et manifestement illégale à une ou plusieurs libertés fondamentales, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions, y compris celles tendant au bénéfice l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Paris, le 12 janvier 2024.

Le juge des référés,

J-Ch. GRACIA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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