lundi 5 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401006 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 28 janvier 2024, la société d'exploitation de lignes touristiques et la société des lignes touristiques demandent au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la délibération du conseil de Paris n° 2023 DVD 96 du 13 décembre 2023 relative à la fixation d'une redevance pour les lignes de bus touristiques ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- l'urgence est avérée ; l'opérateur verra sa situation financière grandement fragilisée du fait de l'acquittement de la redevance ; le risque du préjudice est immédiat, la redevance devant être acquittée début 2024 ; elles provisionnent d'ores et déjà le montant de la redevance ; leur disparition porterait atteinte à la structure du marché des bus touristiques à Paris ; le préjudice est de nature privée mais aussi publique ;
- des moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la délibération en litige ; l'utilisation non prolongée du domaine public, compatible avec son affectation et n'empêchant pas la circulation des autres usagers ne saurait constituer une occupation privative justifiant l'assujettissement d'une redevance, quand bien même cette occupation serait le support d'une activité commerciale génératrice de revenus ; le droit domanial spécifique à l'activité des bus touristiques a été méconnu ; la délibération manque de base légale ; les éléments servant de base au calcul de la redevance ne sont pas justifiés par les avantages de toute nature procurés aux opérateurs de lignes de bus touristique par l'utilisation du domaine ; les taux de prélèvement sur les chiffres d'affaires retenus par la Ville de Paris sont surévalués par rapport aux charges réelles qu'elles supportent ; la délibération en litige porte une atteinte non nécessaire et disproportionnée à la liberté d'entreprendre ; le principe de sécurité juridique a été méconnu ; la délibération est entachée de détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, la ville de Paris conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des sociétés requérantes la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence n'est pas avérée.
- aucune des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- le code de justice administrative.
Vu la copie de la requête en annulation à l'encontre de la délibération du conseil de Paris n° 2023 DVD 96 e du 13 décembre 2023 relatif à la fixation d'une redevance pour les lignes de bus touristiques.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue à huis-clos :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Delelis, représentant les sociétés d'exploitation de lignes touristiques et des lignes touristiques et celles de Me Gorse, représentant la ville de Paris.
Une note en délibéré a été enregistrée, le 30 janvier 2024, par les sociétés d'exploitation de lignes touristiques et des lignes touristiques.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. La condition d'urgence doit être regardée comme remplie, lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
3. Par délibération n° 2023 DVD 96 du 13 décembre 2023, le conseil de Paris a fixé une redevance pour les lignes de bus touristiques sur le territoire parisien. L'article 1er de la délibération prévoit que : " Les tarifs des redevances pour l'occupation du domaine public pour les lignes de bus touristiques sont composés d'une part fixe et d'une part variable définies comme suit, en valeur année 2024 :/- Une part fixe de redevance fixée par point d'arrêt selon la localisation géographique ; /- 6 200 euros / an en zone touristique (définie par l'arrêté °96-10679 modifié délimitant les zones touristiques de la Ville de Paris) ; / - 3 100 euros / an hors zone touristique ; / - Et une part de redevance variable progressive appliquée au chiffre d'affaires annuel hors taxes (CA HT) lié à l'exploitation de la ligne de bus touristique, établi comme suit :/ - 2 % pour la part de CA comprise entre 0 et 15 M euros inclus ; / - 8 % pour la part de CA supérieure à 15 M euros. ".
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre cette délibération, les deux sociétés requérantes font valoir d'une part, que du fait de l'acquittement de la redevance, l'opérateur verrait sa situation financière fragilisée avec une ponction sur le résultat net de 50% en 2024 et près de 33% à compter de 2025, ce qui ne lui permettrait pas de poursuivre leurs investissements en raison des déficits accumulés et de la dette afférente. Elles soutiennent, d'autre part, que le préjudice est immédiat dès lors que la redevance doit être payée en début d'année 2024 et qu'elles doivent provisionner le montant des sommes qui seront exigées par la ville de Paris au cours de l'année 2024. Enfin, la disparition des lignes touristiques de la RATP porterait atteinte à la structure du marché des bus touristiques à Paris et serait préjudiciable au bon fonctionnement de la concurrence. Toutefois, ainsi que le fait valoir la ville de Paris, les sociétés requérantes, en produisant des chiffres " quasi-consolidés " de leurs deux entités ne mettent pas le juge des référés en mesure d'apprécier l'incidence financière de la redevance sur les comptes de la seule société des lignes touristiques à laquelle incombera son versement ; les sociétés requérantes ne pouvant, à cet égard, utilement soutenir que leurs activités seraient étroitement dépendantes et que la société d'exploitation de lignes touristiques va devoir être recapitalisée à court terme à la demande du tribunal de commerce de Paris. En outre, la ville de Paris a précisé, à l'audience, que la redevance ne pourra être liquidée que début 2025 lorsque sera connu le chiffre d'affaires 2024 de la société des lignes touristiques. Enfin, les sociétés requérantes ne justifiant pas que la délibération en litige serait susceptible d'entraîner leur disparition, elles ne sont pas fondées à soutenir que l'intérêt public justifierait sa suspension. Dans ces conditions, les sociétés requérantes n'établissent pas l'existence d'une situation d'urgence.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête des sociétés d'exploitation de lignes touristiques et des lignes touristiques doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés d'exploitation de lignes touristiques et des lignes touristiques la somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la ville de Paris et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête des sociétés d'exploitation de lignes touristiques et des lignes touristiques est rejetée.
Article 2 : Les sociétés d'exploitation de lignes touristiques et des lignes touristiques verseront à la ville de Paris la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée aux sociétés d'exploitation de lignes touristiques et des lignes touristiques et à la ville de Paris.
Fait à Paris, le 5 février 2024.
Le juge des référés,
M.-O. Le Roux
La greffière,
F. Rajaobelison
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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