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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401053

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401053

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401053
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Harir, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 décembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie dès lors qu'elle encourt le risque de perdre son emploi et que la décision contestée porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée qui :

.n'est pas motivée,

.n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle,

. méconnaît l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

.méconnaît les articles L. 421-1 et L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

.méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n°2401051 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 12 mai 2011 fixant la liste des diplômes au moins équivalent au master pris en application du 2° de l'article R. 311-35 et du 2° de l'article R. 313-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 24 janvier 2024 en présence de Mme Permalnaick, greffière d'audience, Mme Dhiver a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Harir, avocate de Mme A, qui précise que l'urgence est présumée et que son employeur l'a informée de son intention de suspendre son contrat de travail ;

- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, avocat du préfet de police, qui conclut au rejet de la requête de Mme A. Il soutient que la requérante ne justifie pas d'une urgence dès lors que son contrat de travail n'est pas suspendu et que la décision contestée ne porte pas atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée au 26 janvier 2024 à 12 heures en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Mme A a produit de nouvelles pièces, enregistrées les 24 janvier 2024 et 25 janvier 2024, qui ont été communiquées au préfet de police.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de référé :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Mme A, ressortissante malgache née le 30 avril 1997, est entrée en France en août 2015 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Depuis cette date, elle a été munie de titre de séjour en qualité d'étudiante, le dernier étant valable jusqu'au 27 décembre 2022. Après deux années en classe préparatoire aux grandes écoles économique et commerciale, Mme A a intégré en septembre 2017 l'INSEEC puis, après avoir obtenu en 2020 le diplôme " Programme grande école " de cette école, a obtenu le diplôme d'université " Chartered financial analyst " de l'Université Paris-Dauphine en janvier 2023. A l'issue de ses études, Mme A a sollicité un changement de statut et demandé la délivrance de la carte de séjour visée à l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Par un arrêté du 11 décembre 2023, le préfet de police a rejeté cette demande et a fait obligation à l'intéressée de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. Mme A, qui était titulaire d'une carte de séjour " étudiant " et a sollicité un changement de statut, peut se prévaloir d'une présomption d'urgence. En outre, il ressort des pièces du dossier que la société Deloitte et associés, qui emploie Mme A en contrat à durée indéterminée depuis le 20 septembre 2023 en qualité de junior analyste, a informé l'intéressée que, du fait de sa situation administrative, son contrat de travail serait suspendu à compter du 1er février 2024. Ainsi, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à faire naître un doute sérieux :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 422-10 du code de justice administrative " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "étudiant" délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; () ". Aux termes de l'article L. 422-8 de ce code : " La carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" autorise l'étranger à exercer une activité professionnelle salariée jusqu'à la conclusion de son contrat ou l'immatriculation de son entreprise. "

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est titulaire du diplôme " Programme grande école " de l'INSEEC, école faisant partie de la conférence des grandes écoles et délivrant un diplôme reconnu par l'Etat de grade de master, et du diplôme d'université " Chartered financial analyst " de niveau bac+5 délivré par l'université Paris-Dauphine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 11 décembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ".

7. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet de police du 11 décembre 2023 refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour.

Sur l'injonction :

8. L'exécution de la présente ordonnance implique que le préfet de police procède au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et que, dans l'attente de ce réexamen, il lui délivre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de trois jours.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A d'une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 11 décembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 29 janvier 2024.

La juge des référés,

M. DHIVER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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