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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401155

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401155

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401155
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2024, M. D C, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil ou toute décision de rejet de son recours administratif s'y substituant ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce, depuis l'introduction de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation car elle ne tient pas compte des éléments nouveaux dont il a fait état dans son recours administratif préalable obligatoire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et le prive d'une garantie car elle ne prend pas en considération sa vulnérabilité ;

- l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité n'a pas reçu de formation spécifique ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'arrêté ministériel du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Lambert a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 29 juin 2002, a déposé une demande d'asile le 5 septembre 2023, qui a été enregistrée en procédure accélérée. Par une décision du 11 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. C demande l'annulation de la décision du 28 novembre 2023 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 11 septembre 2023.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 8 février 2024, M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les autres conclusions :

3. En premier lieu, la décision en litige vise les articles L. 551-15, D. 551-17 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique le motif sur lequel elle se fonde, à savoir le refus par l'intéressé de l'orientation en région qui lui a été proposée. Le moyen tiré du défaut de motivation dont serait entachée la décision attaquée doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, qui a été reçu en entretien le 11 septembre 2023. Par ailleurs, la décision du 28 novembre 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire exercé contre la décision du 11 septembre 2023, tient compte des circonstances nouvelles évoquées par l'intéressé dans son recours préalable, à savoir sa méconnaissance des conséquences du refus de l'offre de prise en charge. Le moyen tiré du défaut d'examen doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L.551-15 et L.551-16. ". Enfin, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 () ".

6. M. C a bénéficié le 11 septembre 2023 d'un entretien au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée. Il ressort de la fiche d'évaluation de sa vulnérabilité que l'intéressé a signée et au bas de laquelle il a certifié sur l'honneur l'exactitude des informations fournies, que l'entretien a été réalisé en langue pachtou, avec le concours d'un interprète. Lors de cet entretien, M. C s'est borné à indiquer qu'il était hébergé chez un compatriote et a déclaré qu'il n'avait aucun problème de santé grave. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que l'OFII, qui a donc procédé à un examen de sa vulnérabilité le 11 septembre 2023 dans une langue qu'il comprend, et alors même, à supposer le moyen opérant, qu'aucun élément du dossier n'est de nature à faire douter de la qualification de l'agent ayant procédé à cet entretien, aurait méconnu les dispositions citées au point précédent ou commis une erreur d'appréciation de son état de vulnérabilité.

7. En quatrième lieu, M. C ne saurait utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, qui ne constitue pas la base légale de la décision attaquée, laquelle n'est pas davantage prise pour l'application de cet arrêté.

8. En cinquième lieu, si M. C soutient qu'il n'a, à aucun moment, été informé des conséquences d'un refus d'hébergement sur ses droits aux conditions matérielles d'accueil, d'une part, il ressort du formulaire d'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil que le requérant a signé le 11 septembre 2023, que celui-ci a certifié avoir été informé dans une langue qu'il comprend, des conditions et modalités de refus des conditions matérielles d'accueil conformément aux dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ressort du recours administratif préalable obligatoire que M. C, qui a demandé explicitement à pouvoir continuer de loger chez un tiers, a persisté à refuser l'orientation en région proposée par l'OFII. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait soulevés par le requérant doivent ainsi être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les autres conclusions de la requête de M. C doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. C à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me de Seze et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Deniel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

S. MarzougLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401155/6-

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