jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401186 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2024, Mme D C E, représentée par Me Toujas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Toujas, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
La requérante soutient que :
- l'auteur de la décision de refus de titre de séjour est incompétent ;
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- ces décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soutenus par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 février 2024.
Par une décision du 28 novembre 2023, Mme C E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guglielmetti,
- les observations de Me Toujas, représentant Mme C E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C E, ressortissante colombienne, née le 5 septembre 1996, est entrée en France le 28 août 2016 selon ses déclarations. Elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour pluriannuels en qualité d'étudiante, valables du 5 janvier 2018 au 4 janvier 2021 puis du 4 février 2021 au 3 février 2023. Le 9 janvier 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès des services de la préfecture de police. Par un arrêté du 6 novembre 2023, le préfet de police a refusé de lui renouveler le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C E demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation au signataire de la décision attaquée, M. A B, attaché principal d'administration de l'Etat placé sous l'autorité de la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, qui comportent les refus de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les textes dont elle fait application et notamment l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose par ailleurs, avec suffisamment de précision, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme C E. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait omis d'examiner la situation particulière de la requérante avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. (). "
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C E a été inscrite au diplôme universitaire d'études de français niveau B1 de la faculté de Rennes 2 au titre de l'année universitaire 2016-2017 qu'elle a validé. L'intéressée s'est ensuite inscrite, à quatre reprises, au titre des années universitaires 2017-2018, 2018-2019, 2020-2021 et 2021-2022 en première année de licence de droit au sein de l'Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne, dont elle n'a été admise qu'en 2022. Mme C E soutient qu'en réalisant un bilan de compétences et un accompagnement de plusieurs séances avec une psychologue, elle a pu réaliser qu'elle souhaitait se réorienter dans le domaine de la diplomatie et des relations internationales. Ainsi, elle fait valoir qu'au titre de l'année 2022-2023, elle a suivi une formation d'anglais de niveau B2 au sein de l'institut privé " Campus Langues " pour une durée de six mois du 9 janvier au 23 juin 2023 à l'issue de laquelle elle a obtenu une certification. Toutefois, celle-ci ne saurait être regardée comme un diplôme sanctionnant des études de langue reconnu par l'Etat. De plus, si la requérante se prévaut d'une inscription au titre de l'année 2023-2024 dans une formation de " Sciences Politiques et Relations internationales " au sein de l'établissement des Hautes études internationales et politiques (HEIP), ces domaines n'étant pas sans lien avec ses études de droit, cette circonstance ne permet pas de justifier du caractère réel et sérieux de ses études, ni de leur progression, dès lors qu'ainsi que le relève le préfet de police dans sa décision, elle n'a obtenu aucun diplôme en cinq années. Ainsi, en refusant pour ce motif de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet de police n'a pas, méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Il n'a pas davantage entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C E, en l'absence d'obstacle avéré à la poursuite de ses études en Colombie.
7. En cinquième lieu, en se prévalant de l'interruption de sa formation et de l'impossibilité de subvenir à ses besoins, la requérante n'établit pas par ces seules circonstances que la décision d'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi auraient sur sa situation personnelle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et alors notamment qu'elle ne justifie pas être isolée en cas de retour dans son pays d'origine et ne pas pouvoir y poursuivre des études. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.
8. En dernier lieu, il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité du refus de titre de séjour soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C E est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D C E et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
S. Guglielmetti
La présidente,
Signé
M. SalzmannLe greffier,
Signé
Y. Fadel
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401186
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026