mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401208 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | BARATA CHARBONNEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17, 30 janvier et 5 février 2024, M. D I, M. et Mme L et AI BD, Mme AS AD, M. et Mme A et AL M, Monsieur AC AP, MM. et Mme BA, Jacques et Constance Allibert, Monsieur AN U, Monsieur AK AB, Madame Y B, M. et Mme S et AO N, Monsieur BB AR, Monsieur E BE, M. et Mme Z et BC AF, Monsieur Q AQ, Madame AZ K, M. et Mme AM et J AE, M. et Mme H et AW AV, Madame BF BG F, Monsieur S AG, Madame AT G, Monsieur AX P, M. et Mmes AA, W et T AJ, M. et Mme E et Anita AU, MM. et Mme R, Edouard et Renée Serror, M. et Mme O et V AU, M. et Mme C et X AH, représentés par Me Charbonnel, demandent au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel la maire de Paris a accordé à la direction de la voirie et des déplacements, Mission vélo de la ville de Paris le permis d'aménager des pistes cyclables unidirectionnelles sur le boulevard Malesherbes à Paris 8ème arrondissement ;
2°) d'enjoindre à la ville de Paris de cesser les travaux pour la réalisation des travaux sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est présumée ; les travaux doivent se dérouler du 9 janvier au 29 mars 2024 ;
- des moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige : l'arrêté est entaché d'incompétence ; le préfet de police n'a pas été consulté en méconnaissance du règlement de voirie des 14, 15 et 16 décembre 2015 ; le projet n'a pas fait l'objet d'une concertation en méconnaissance des dispositions des articles L. 103-2 et R. 103-1 du code de l'urbanisme alors que le projet va coûter près de 2 400 000 euros ; une enquête publique n'a pas été diligentée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière ; le dossier de demande de permis d'aménager est incomplet : le projet n'est pas localisé de manière précise, aucun document n'indique précisément et intégralement le tracé du projet ni même sa longueur, le projet ne comporte pas l'ensemble des informations exigées par les articles R. 441-3 et R. 441-4 du code de l'urbanisme, les modalités d'exécution des travaux ne sont pas mentionnées en méconnaissance des dispositions de l'article R. 441-8 du code de l'urbanisme, si la ville soutient qu'il est prévu de réaliser une zone de dégagement sécurisée, un rétrécissement de piste aux endroits des abris de bus et la réalisation de ralentisseurs, ces éléments n'apparaissent pas dans le dossier de permis d'aménager ; la maire de Paris aurait dû surseoir à statuer sur la demande de permis d'aménager ; le projet devait être soumis à examen au cas par cas par l'autorité environnementale s'il est d'une longueur de plus de 10 kms en application des articles L. 122-1 et R. 122-1 du code de l'environnement ; l'incomplétude du dossier de demande de permis d'aménager empêche d'en contrôler la légalité et conformité au règlement du plan local d'urbanisme notamment aux dispositions des articles UG.12.1 " Stationnement des véhicules à moteur ", UG.12.2 " Aires livraison et aires de dépose pour autocars " et UG.12.3 " Stationnement des vélos et poussettes " ; l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 et 31 janvier 2024, la ville de Paris conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté en litige ;
- l'urgence n'est pas avérée ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Vu la copie de la requête en annulation de l'arrêté du 9 octobre 2023.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Charbonnel, représentant les requérants et de Me Froger, représentant la ville de Paris.
A l'audience, Les requérants indiquent abandonner les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué et de ce que le projet devait être soumis, en application des articles L. 122-1 et R. 122-1 du code de l'environnement, à examen au cas par cas par l'autorité environnementale s'il est d'une longueur de plus de 10 kms.
Ils soutiennent qu'il n'est pas établi que le maire du 8ème arrondissement a émis un avis sur le projet.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Les requérants soutiennent que le préfet de police n'a pas été consulté en méconnaissance des dispositions combinées des articles R. 423-50 du code de l'urbanisme, L. 2512-14 du code général des collectivités territoriales et 1.4.1 du règlement de voirie de la ville de Paris des 14, 15 et 16 décembre 2015. Toutefois, ces dernières dispositions ne requièrent, s'agissant des axes permettant d'assurer la continuité des itinéraires principaux dans l'agglomération parisienne et la région d'Ile-de-France, dont le boulevard Malesherbes fait partie, l'avis conforme du préfet de police pour la seule détermination des règles de circulation et de stationnement par le maire de Paris et non pour les autorisations d'urbanisme, notamment les permis d'aménager. En tout état de cause, il résulte des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme que le règlement de voirie de la ville de Paris ne pourrait édicter des conditions de procédure relatives à l'octroi d'une autorisation d'urbanisme. Le moyen tiré de l'absence d'avis conforme du préfet de police, inopérant, n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 9 octobre 2023. En l'état de l'instruction, aucun des autres moyens invoqués par les requérants n'est non plus de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la ville de Paris et sur la condition d'urgence, que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la ville de Paris et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D I, M. et Mme L et AI BD, Mme AS AD, M. et Mme A et AL M, Monsieur AC AP, MM. et Mme BA, Jacques et Constance Allibert, Monsieur AN U, Monsieur AK AB, Madame Y B, M. et Mme S et AO N, Monsieur BB AR, Monsieur E BE, M. et Mme Z et BC AF, Monsieur Q AQ, Madame AZ K, M. et Mme AM et J AE, M. et Mme H et AW AV, Madame BF BG F, Monsieur S AG, Madame AT G, Monsieur AX P, M. et Mmes AA, W et T AJ, M. et Mme E et Anita AU, MM. et Mme R, Edouard et Renée Serror, M. et Mme O et V AU, M. et Mme C et X AH est rejetée.
Article 2 : M. D I, M. et Mme L et AI BD, Mme AS AD, M. et Mme A et AL M, Monsieur AC AP, MM. et Mme BA, Jacques et Constance Allibert, Monsieur AN U, Monsieur AK AB, Madame Y B, M. et Mme S et AO N, Monsieur BB AR, Monsieur E BE, M. et Mme Z et BC AF, Monsieur Q AQ, Madame AZ K, M. et Mme AM et J AE, M. et Mme H et AW AV, Madame BF BG F, Monsieur S AG, Madame AT G, Monsieur AX P, M. et Mmes AA, W et T AJ, M. et Mme E et Anita AU, MM. et Mme R, Edouard et Renée Serror, M. et Mme O et V AU, M. et Mme C et X AH verseront la somme globale de 1 500 euros à la ville de Paris sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D I, M. et Mme L et AI BD, Mme AS AD, M. et Mme A et AL M, Monsieur AC AP, MM. et Mme BA, Jacques et Constance Allibert, Monsieur AN U, Monsieur AK AB, Madame Y B, M. et Mme S et AO N, Monsieur BB AR, Monsieur E BE, M. et Mme Z et BC AF, Monsieur Q AQ, Madame AZ K, M. et Mme AM et J AE, M. et Mme H et AW AV, Madame BF BG F, Monsieur S AG, Madame AT G, Monsieur AX P, M. et Mmes AA, W et T AJ, M. et Mme E et Anita AU, MM. et Mme R, Edouard et Renée Serror, M. et Mme O et V AU, M. et Mme C et X AH et à la ville de Paris.
Fait à Paris, le 7 février 2024.
Le juge des référés,
M.-O. Le Roux
La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.