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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401301

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401301

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401301
TypeDécision
Avocat requérantCABINET SCHMITT AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 janvier 2024 et le 4 mars 2024, la société hôtelière de l'Etoile, représentée par Me Tabouis, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 84 681 euros au titre des aides du fonds de solidarité mis en place à la suite de la pandémie de Covid 19 pour les mois de janvier, février et mars 2021, assorties des intérêts de retard au taux légal à compter de ses demande préalables et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-elle détient une créance certaine liquide et exigible ; en effet, les aides sollicitées au titre du fonds de solidarité pour les mois de janvier 2021, février 2021 et mars 2021 ne font l'objet d'aucune contestation par l'administration fiscale, ni dans leur principe, ni dans leur quantum, l'administration ayant expressément admis que c'est à tort que sa demande a été rejetée dans un courriel du 8 octobre 2021 ;

-elle justifie remplir les conditions du décret du 30 mars 2020 pour prétendre au versement de ces aides ;

- pour toutes entreprises du groupe confondues, un montant d'aides " Covid " total, sur l'ensemble des années 2020 et 2021 a été perçu pour 672.050 euros, inférieur au plafond européen de 1.800.000 euros, invoqué par l'administration ;

et ce, même en prenant en compte la provision sollicitée au titre de la présente instance ;

- pour les mois de janvier, février et mars 2021, concernés par la présente instance de référé provision, le plafond mensuel établi par le décret du 30 mars 2020 est de 200.000 euros à l'échelle du groupe et n'est pas atteint en l'espèce ;

-la société Hôtelière de l'Étoile était en réalité une coquille vide, sans aucune activité, entre sa date de création en 2011 et son commencement d'activité le 10 juillet 2019 et si l'entreprise existe formellement depuis 2011, le commencement d'activité du 10 juillet 2019 constitue le début effectif de l'entreprise.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 janvier et le 18 mars 2024, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'obligation dont se prévaut la société requérante est sérieusement contestable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

2. La société hôtelière de l'Etoile demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 84 681 euros au titre des aides pour les mois de janvier, février et mars 2021 du fonds de solidarité mis en place à la suite de la pandémie de Covid 19.

3. Selon l'article 3-19 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises :" IV. - La perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois de janvier 2021 et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme : - le chiffre d'affaires réalisé durant le mois de janvier 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019, si cette option est plus favorable à l'entreprise ; ou, pour les entreprises créées entre le 1er juin 2019 et le 31 janvier 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 ; () ".Par ailleurs, selon l'article 3-22 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises :" III.-La perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois de février 2021 et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme : -le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 ; ou, pour les entreprises créées entre le 1er juin 2019 et le 31 janvier 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 ; () ". Enfin, selon l'article 3-24 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises : " IV.-La perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois de mars 2021 et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme :-le chiffre d'affaires réalisé durant le mois de mars 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 selon l'option retenue par l'entreprise lors de sa demande au titre du mois de février 2021 ; ou, pour les entreprises créées entre le 1er juin 2019 et le 31 janvier 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 () " . Par ailleurs, ces dispositions prévoient que les entreprises mentionnées à l'article 1er du décret bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours de chacun des mois de janvier à mars 2021 lorsqu'elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant les périodes mensuelles ainsi visées par rapport à la période de référence définie par le texte.

4. Pour retenir que l'obligation dont se prévaut la société hôtelière de l'Etoile est sérieusement contestable, l'administration relève, en particulier, que pour déterminer son chiffre d'affaires de référence et calculer sa perte de chiffre d'affaires au titre des mois en cause, la société a fait une inexacte application du décret susvisé du 30 mars 2020 modifié. Si la société requérante fait valoir qu'en vertu des dispositions précitées qui prévoient que " pour les entreprises créées entre le 1er juin 2019 et le 31 janvier 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 () ", elle a correctement déterminé sa perte de chiffre d'affaires dès lors qu'elle a effectivement débuté son activité en juillet 2019, il est constant qu'elle a été créée en 2011 et ne peut dès lors calculer sa perte de chiffre d'affaires par référence au chiffre d'affaires mensuel de la seule période de juillet à décembre 2019. Par ailleurs et en tout état de cause, si elle fait valoir qu'elle doit être regardée comme ayant été créée en juillet 2019, son chiffre d'affaires de référence devrait être calculé sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020. Dès lors, l'administration est fondée à soutenir qu'elle a retenu à tort un chiffre d'affaires de référence moyen sur 2019 de 188 181 euros pour calculer sa perte de chiffre d'affaires au titre des mois en cause. Dans ces conditions, la société requérante ne justifiant pas avoir réalisé une perte de chiffre d'affaires de 50 % au cours de chacun des mois de janvier à mars 2021, sa créance ne peut être regardée comme n'étant pas sérieusement contestable.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société hôtelière de l'Etoile doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans cette affaire.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société hôtelière de l'Etoile est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société hôtelière de l'Etoile et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris .

Fait à Paris, le 8 avril 2024 .

La juge des référés,

J. EVGENAS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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