vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401304 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 25 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Hug, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 15 décembre 2023 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Paris a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir, de manière rétroactive, à compter de la date de la décision attaquée, dans le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil, dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est constituée dès lors qu'il n'a aucune ressource pour se nourrir et se vêtir et qu'il n'a pas le droit de travailler.
Sur l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a méconnu les droits de la défense ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il s'est soumis aux exigences des autorités chargées de l'asile, qu'il n'est pas en fuite, qu'il est en possession d'une attestation de demandeur d'asile et qu'il se trouve dans une situation de vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas réunies.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 janvier 2023 sous le numéro 2401305/1 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Caillieu-Helaiem, greffière d'audience, M. Rohmer a lu son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Une note en délibéré a été présentée par l'OFII le 26 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. A, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant mauritanien né le 21 février 2000, a déposé, le 10 octobre 2022, une demande d'asile et a été placé en procédure dite " Dublin ". Par une ordonnance n° 2323491/1 du 27 octobre 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Paris, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du 3 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et lui a enjoint de réexaminer la situation de M. A et sa demande d'enregistrement de demande d'asile en procédure normale dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Par une ordonnance n°2327274/1 du 7 décembre 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Paris, saisi sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, a mis fin, par modification de l'ordonnance n°2323491/1 du 27 octobre 2023, aux mesures de suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale et d'injonction faite au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé ainsi que sa demande d'enregistrement en procédure normale dans le délai de quinze jours. Le 5 décembre 2023, M. A, a introduit une nouvelle demande d'asile et a été mis en possession d'une attestation de demandeur d'asile valable jusqu'au 4 octobre 2024, en procédure normale. Par une décision du 15 décembre 2023, l'OFII a totalement mis fin à ses conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en refusant d'embarquer le 15 septembre 2023 dans le cadre de son transfert vers l'Espagne. Le requérant demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 15 décembre 2023.
4. Pour demander la suspension de la décision attaquée, M. A invoque des moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance des droits de la défense, du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa situation de vulnérabilité n'aurait pas été prise en compte, qu'il aurait respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et qu'il est titulaire d'une attestation de demandeur d'asile dans le cadre de la procédure normale. Toutefois, aucun des moyens invoqués par le requérant ne parait propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision par laquelle l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Hug et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Paris, le 2 février 2024.
Le juge des référés,
B. ROHMER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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